SYNTHÈSE DE DOCUMENTS
Vous ferez une synthèse ordonnée, concise et objective des documents suivants qui livrent une réflexion sur certains aspects de la rumeur.
Dans une conclusion personnelle, vous donnerez votre point de vue sur la question abordée.
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Document 1 : BEAUMARCHAIS,
Le Barbier de Séville, 1775, acte 11, scène 8 (extrait).
Document 2 : " Rumeurs: prévenir plutôt que guérir ",
Maîtrise et information administrative, n° 154, Octobre 1982.
Document 3 : Jean-Noël KAPFERER,
Rumeurs, le plus vieux média du monde, Éditions du Seuil, 1987.
Document 4 : Jean-Jacques BOZONNET, La " rumeur d'Abbeville ",
Le Monde, 14 avril 2001.
Document 5 : PESSIN,
Le Monde, 2 octobre 2001.
DOCUMENT 1: " La calomnie, Monsieur ? "
BAZILE
Bone Deus (1) ! Se compromettre ! Susciter une méchante affaire, à la bonne heure, et, pendant la fermentation, calomnier à dire d'experts (2) ; concedo (3).
BARTHOLO
Singulier moyen de se défaire d'un homme !
BAZILE
La calomnie, Monsieur ? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville, en s'y prenant bien; et nous avons ici des gens d'une adresse ! ... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo (4) murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano (4) vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando (4) de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil; elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo (4) public, un chorus (5) universel de haine et de proscription - qui diable y résisterait ?
BEAUMARCHAIS, Le Barbier de Séville, 1775, acte II, scène 8 (extrait).
(1) Bon Dieu.
(2) Calomnier sans retenue et efficacement.
(3) Je l'accorde.
(4) Ces termes de musique empruntés à l'italien marquent le tempo.
(5) Un choeur.
DOCUMENT 2: Rumeurs : prévenir plutôt que guérir.
La rumeur se développe généralement très vite lorsqu'il existe un état d'inquiétude qui touche l'ensemble du groupe. C'est un phénomène collectif.Les rumeurs sont d'autant plus nombreuses et extravagantes que les informations objectives et officielles sur la situation sont plus réduites. L'absence totale d'informations après connaissance d'un événement-choc favorise le développement des rumeurs.
A l'intérieur d'un groupe humain, la propagation de la rumeur est en rapport direct avec l'importance et la nature du contenu de la rumeur pour l'existence des membres de ce groupe.
La rumeur se propage selon des " canaux informels " et souvent incontrôlables.
En se propageant de bouche à oreille, la rumeur se transforme selon des lois de simplification, amplification, orientation dans le sens des sentiments dominants du groupe.
Dans l'offensive anti-rumeurs, les effets de l'information vraie ne sont ni immédiats, ni certains. Ils sont inversement proportionnels à l'ampleur de la rumeur et au vécu de la population concernée par la rumeur. Environ la moitié des personnes sont suffisamment atteintes pour ne pas être rassurées par les premières informations officielles contredisant la rumeur.
Les rumeurs se développent selon l'une ou l'autre de ces trois directions principales :
- colère-agressivité : ce type de rumeur accuse des groupes intérieurs ou extérieurs, des personnes, et s'oriente facilement sur des boucs émissaires ;
- panique-anxiété : ce type de rumeur grossit l'événement et produit des fabulations diffusant et accroissant la peur;
- joie-espérance : ce type de rumeur traduit l'espoir, le rêve de l'élimination du danger.
Dans l'ordre des fréquences, les rumeurs du premier genre sont les plus nombreuses et les plus faciles à déclencher, celles du deuxième genre viennent ensuite avec 25 %, celles du troisième genre sont les moins fréquentes, avec 2 % (un certain pourcentage résiduel concerne des rumeurs inclassables).
Maîtrise et information administrative,n° 154, octobre 1982.
DOCUMENT 3
Malgré les médias, le public continue à tirer une partie de son information du bouche à oreille. L'émergence des premiers, loin de supprimer la rumeur, I'a seulement rendue plus spécialisée: chacun a désormais son territoire de communication.
Malgré cela, on ne sait pas grand-chose sur les rumeurs. Rarement un phénomène social aussi important aura été aussi peu étudié: événement mystérieux, presque magique, la rumeur constitue encore un no man's land ou un Mato Grosso (1) du savoir.
Où commence et où s'arrête le phénomène appelé rumeur ? En quoi est-il différent de ce que l'on appelle communément le bouche à oreille ? En fait, le concept se dérobe quand on croit l'avoir cerné. Chacun croit savoir reconnaître une rumeur quand il en rencontre une, mais personne n'arrive à en donner une définition satisfaisante. En somme, si chacun a le sentiment très fort de l'existence des rumeurs, aucun consensus n'existe pour délimiter avec précision où commence et où finit le phénomène […].
Jusqu'à ce jour, l'étude des rumeurs a été gouvernée par une conception négative : la rumeur serait nécessairement fausse, fantaisiste ou irrationnelle. Aussi a-t-on toujours déploré les rumeurs, traitées comme un égarement passager, une parenthèse de folie. D'aucuns ont même vu en la montée des mass médias l'occasion d'en finir avec les rumeurs: la télévision, la radio et la presse supprimeraient la raison d'être des rumeurs.
Nous avons montré que cette conception négative est intenable. D'une part, elle a mené la compréhension des rumeurs à une impasse : la plupart des facettes du phénomène restaient inexpliquées et qualifiées de pathologiques. D'autre part, cette conception semble surtout mue par un souci moralisateur et des partis pris dogmatiques. En effet, il n'existe qu'une seule façon de prévenir les rumeurs : en interdisant aux gens de parler. Le souci apparemment légitime de ne voir circuler que des informations fiables mène droit au contrôle de l'information, puis à celui de la parole : les médias deviendraient la seule source d'informations autorisée. Alors il n'existerait plus que des informations officielles.
Nous sommes là au coeur de la raison d'être des rumeurs. La rumeur n'est pas nécessairement " fausse " : en revanche, elle est nécessairement non officielle. En marge et parfois en opposition, elle conteste la réalité officielle en proposant d'autres réalités. C'est pourquoi les mass médias ne l'ont pas supprimée.
Pendant longtemps, on a cru que la rumeur était un ersatz (2) : faute de médias fiables et contrôlés, il fallait bien trouver un média de substitution, un pis-aller. La coexistence des mass médias et des rumeurs démontre l'inverse : celles-ci sont un média complémentaire, celui d'une autre réalité. C'est logique : les mass médias s'inscrivent toujours dans une logique de communication descendante, de haut en bas, de ceux qui savent à ceux qui ne savent pas. Le public ne reçoit donc que ce qu'on veut bien lui dire. La rumeur est une information parallèle, donc non contrôlée.
Pour l'ingénieur, le technicien, le journaliste, cette absence de contrôle évoque le spectre d'une défaillance sur l'autel de la fiabilité de l'information. Il faut donc la supprimer. Pour l'homme politique, le citoyen, absence de contrôle signifie absence de censure, la levée du secret et l'accès à une réalité cachée. Il faut donc la préserver.
La conception négative associant rumeur et fausseté est d'ordre technologique : il n'est de bonne communication que contrôlée. La rumeur oppose une autre valeur : il n'est de bonne communication que libre, même si la fiabilité doit en souffrir. En d'autres termes, les " fausses " rumeurs sont le prix à payer pour les rumeurs fondées.
Jean-Noël KAPFERER, Rumeurs, le plus vieux média du monde,Éditions du Seuil, 1987.
(1) Mato Grosso : État riche du Brésil.
(2) Ersatz : produit de remplacement de moindre qualité.
DOCUMENT 4: La " rumeur d'Abbeville ".
La décrue de la Somme devrait prendre au minimum plusieurs semaines, et certains habitants pourraient avoir les pieds dans l'eau jusqu'en juin compte tenu de la géologie particulière de cette vallée, selon l'avis de plusieurs spécialistes. A Abbeville, l'inondation provoque la détresse des habitants, pris en charge par une cellule de soutien psychologique, et continue de nourrir la rumeur sur l'origine de la catastrophe.
ABBEVILLE, de notre envoyé spécial
Dans les rues d'Abbeville où la Somme s'est installée durablement, la rumeur court comme l'eau vive. Rien ni personne ne l'arrêtera. Surtout pas le maire Joël Hart (RPR) désormais " persuadé que la brutale montée des eaux ne s'explique qu'à 70 % par la pluviométrie exceptionnelle de cette année ". Alors, d'où vient le reste ? Ses administrés ont une réponse toute prête qu'ils ont placardée dans les quartiers les plus touchés par la crue: " Pour préserver Paris, on nous a inondés ", peut-on lire ici et là. Malgré les démentis énergiques des experts et les commentaires ironiques des médias, la thèse du complot est inlassablement ressassée par les sinistrés de la vallée de la Somme. L'air entendu, ils évoquent encore aujourd'hui les ordres " d'en haut ".
" C'est révélateur de l'état d'esprit de la région, explique Christian Pourquier, porte-parole départemental des Verts. Il y a dans les esprits une victimisation partiellement fondée car la Picardie connaît depuis longtemps un mal-développement ". Ici, on s'estime mal aimé, méprisé, oublié. " Heureusement que Jean-Pierre Pernaut a accepté de nous aider", dit Joël Hart, obligé de faire jouer ses amitiés picardes dans les médias au début des inondations "pour que les pouvoirs publics s'intéressent enfin à notre sort ".
L'eau a commencé à monter le 27 mars, la rumeur aussi. Dès le 30 mars, au cours d'une réunion organisée à la préfecture, un maire s'est écrié: " On parle, on parle et personne ne ferme le robinet ", accréditant ainsi l'idée que quelqu'un l'aurait ouvert. Ce jour-là, Daniel Cadoux, préfet de région, avait convoqué le ban et l'arrière-ban des spécialistes pour mieux informer les élus de la situation. Il reconnaît aujourd'hui son erreur: " Nous avons déversé trop d'arguments rationnels sur une population et des élus qui étaient dans l'émotion ".
" CES BRUITS RIDICULES "
Les rumeurs échappaient alors à tout contrôle. La plus insistante évoquait des déversements du canal du Nord dans la Somme. Dimanche 8 avril, le préfet tentait de l'endiguer en menaçant les élus de les poursuivre en diffamation s'ils colportaient " ces bruits ridicules ". La manière forte est restée aussi vaine que la pédagogie tentée une semaine plus tôt. Dès le lendemain, dans une lettre ouverte à Lionel Jospin, Maxime Gremetz déclarait: " Ne faut-il pas examiner sérieusement pourquoi, vendredi dernier, j'ai constaté que dans la journée, la Somme recevait de l'eau du canal du Nord ? Comme tous les Picards je me pose des questions ".
Pour de nombreux observateurs, la spontanéité et la persistance des rumeurs viendraient du caractère inédit de la catastrophe. " L'opinion constate un phénomène qu'elle ne peut expliquer, commente M. Cadoux. Jamais la Somme n'était sortie aussi loin et aussi vite de son lit". " C'est cette montée énigmatique qui fait s'interroger ", dit Jean Pilniak, délégué pour la Somme de Chasse, pêche, nature et tradition.
Les techniciens de la Direction départementale de l'équipement (DDE) ne cessent de répéter que les lâchers d'eau depuis le canal du Nord représentent un faible cubage et que cette eau irait de toute façon à la Somme. Incrédules, des riverains diligentent leur propre enquête. [...]
Président du Comité de défense des riverains de la Somme, André Boulogne n'est pas non plus à l'origine de la rumeur. Mais ce retraité du Trésor public n'hésite pas à la relayer pour obtenir " des réponses rapides et précises " sur les déversements du canal du Nord. " Dans le but de protéger les voies sur berges à Paris, vous avez pris la liberté d'inonder la vallée de la Somme ", a-t-il écrit au directeur de la DDE, avant d'organiser une manifestation de un millier de personnes, le 11 avril, dans les rues d'Amiens.
" UN SCHMILBLICK QUELQUE PART "
L'ancien contrôleur des impôts est formel, " la pluie n'explique pas tout. Il y a un schmilblick quelque part ". Une telle suspicion est largement partagée dans la rue où l'on cite Tchernobyl, l'Erika, l'amiante, etc. Abondant dans ce sens, Gilles de Robien, maire UDF d'Amiens, a demandé une commission d'enquête. Et Joël Hart va créer une association pour " faire toute la lumière sur les causes réelles des inondations ".
Mercredi 11 avril, le maire d'Abbeville a fait constater par huissier que le déversoir d'Epenancourt, sur le canal du Nord, débitait dix mètres cubes à la seconde, soit, dit-il " le contenu de 10 000 camions-citernes déversé chaque jour dans la Somme ". Quant aux eaux qui proviendraient du bassin de la Seine, des experts en hydrographie lui ont promis des études gratuites. Mystérieux, il ajoute : " Des spécialistes de la Mairie de Paris parleront bientôt ".
A qui profite une rumeur aussi vivace ? Le préfet refuse de croire à son instrumentalisation politique. Néanmoins, avoue-t-il " je me sens bien seul pour la démentir ".
Jean-Jacques BOZONNET, Le Monde, 14 avril 2001.
DOCUMENT 5
Ce dessin illustre un article qui faisait état de fausses informations circulant sur Internet à la suite des attentats du 11 septembre 2001.
PESSIN, Le Monde, 2 octobre 2001.