SYNTHÈSE DE DOCUMENTS
Vous composerez de manière claire et concise une synthèse objective de ces quatre documents en dégageant les différents aspects des rapports entre l'homme et la nature qui y apparaissent. Vous direz, en une brève conclusion, comment, personnellement, vous envisagez la question.
DOCUMENT 1 : Goethe,
Le Second Faust, Extrait de l'acte IV. Éd. Gamier-Flammarion, 1984.
DOCUMENT 2 : Hubert Reeves,
Malicorne, Éd. du Seuil. 1990.
DOCUMENT 3 : Michel Serres,
Le Contrat naturel, Éd. François Bourin, 1990.
DOCUMENT 4 : Première page d'un article d'Isabelle Grigaut, numéro hors série de la Revue
Sciences et Avenir, mars-avril 1991.
Voir le corrigé
DOCUMENT 1
Désespéré par les limites du savoir et du pouvoir humains, le Docteur Faust signe un pacte avec le diable, Méphistophélès, qui lui promet la toute-puissance. Faust lui expose son grand projet.
FAUST
J'ai bien souvent suivi des yeux la haute mer ,
Je la voyais s'enfler, bander son corps sauvage
Puis, se ruant, venir avec son flot amer
Attaquer, envahir le sable du rivage
Et cela m'irrita. De même un libre esprit
Respectueux du droit ne voit pas sans supplice,
Effet d'un sang tumultueux qui s'affranchit,
Agir insolemment un orgueilleux caprice.
J'observai de nouveau, supposant un hasard ;
La vague s'arrêtait, fuyait sous mon regard,
S'éloignait à présent de sa fière conquête,
L 'heure revient, le jeu sans cesse se répète.
MÉPHISTOPHELES (aux spectateurs)
Je n'apprends, je le crains, rien de très neuf ici :
Voilà bien cent mille ans que je connais ceci.
FAUST (poursuivant avec véhémence)
Elle avance en rampant, en cent lieux se faufile
Et stérilise tout, elle-même stérile.
Se gonfle, croît et roule et recouvre sans fin
Ce rivage désert, ce sinistre terrain.
La force l'animant, l'onde succède à l'onde,
Puis elle se retire et rien ne se féconde.
Ah! Jusqu'au désespoir je me sens tourmenté
De voir agir sans but l'élément indompté,
Mon esprit ose ici, se surpassant lui-même,
Combattre et remporter la victoire suprême.
Et c'est possible! Car, si fort que soit le flot,
On le voit se coucher devant chaque coteau ;
Il a beau s'agiter, plein d'orgueil et de rage,
La plus faible hauteur peut lui faire barrage,
La faible profondeur l'attirer puissamment.
Vite, dans mon esprit, j'ai conçu plan sur plan ;
J'ai pensé: donne-toi ce savoureux délice :
Repousser loin du bord la mer dominatrice.
Cet humide élément, sache le limiter,
Qu'il recule là-bas, bien loin, dans son empire.
Ce projet, pas à pas, moi, j'ai su le construire.
C'est mon souhait. Aide donc à l'exécuter.
Goethe, Le Second Faust, Extrait de l'acte IV. Éd. Gamier-Flammarion, 1984.
DOCUMENT 2: L'être humain est-il une " catastrophe cosmique " ?
Dans un premier volet, l'auteur envisage la période qui précède l'apparition de l'homme.
La nature menacée
Le deuxième volet commence à l'apparition de l'être humain dans la savane africaine. Par migrations successives, il occupe bientôt tout l'espace disponible sur la planète.
Emporté dans sa frénésie d'inventivité, après une gestation de quinze milliards d'années, l'univers a accouché d'un " mutant " prodigieux. La capacité d'adaptation et la compétitivité sont les ferments et les moteurs de l'évolution biologique. L'être humain est le fruit de la splendide
immoralité où la nature exerce sa fureur de créer. A ce jeu, il joue mieux que quiconque. Il est le champion toutes classes mélangées, Il rencontre victorieusement les plus graves difficultés. Il s'adapte à toutes les situations. Il s'installe, avec son confort, sous toutes les latitudes et dans tous les climats. Il se prépare aujourd'hui à vivre dans l'espace.
Avec le développement de la science et de la technologie, l'homme modifie considérablement la planète qu'il habite. Il aménage la nature et transforme. la campagne. A part les paysages arctiques, toutes les régions ont été plus ou moins altérées par sa présence.
Rien ne lui résiste. Son influence est singulièrement accélérée par l'apparition de la civilisation occidentale qui n'a plus, comme les cultures traditionnelles, le respect de la nature. Un grand nombre de biotopes (1) et d'espèces vivantes disparaissent. Les forêts se rétrécissent et les sous-bois deviennent des parkings. L'asphalte et le béton sont les manifestations de .cette nouvelle et menaçante monotonie. […]
Vue sous l'angle " l'homme hors de la nature ", l'arrivée de l'être humain apparaît ici comme une catastrophe cosmique. Notre planète est " infestée " d'hommes qui semblent décidés à saboter l'admirable -harmonie de la nature. Ils pourraient bien la ramener à sa stérilité initiale, dont la Lune nous offre l'image quand. la nuit. nous l'observons aux jumelles.
Sous l'angle " l'homme dans la nature ", l'être humain se montre dans ce deuxième volet, comme le révélateur des faces sombres de la nature. Il est la preuve indéniable de son comportement irréfléchi,. semblable à celui de l'apprenti sorcier des contes de notre enfance. Il met au grand jour son irresponsabilité et son manque de conscience planétaire. Il montre son aveuglement par rapport à l'impasse léthale (2) -dans laquelle elle se trouve maintenant.
Poussée par sa propre politique d'inventivité et son obsession à créer toujours du plus complexe et du plus efficace, la nature semble s'être engagée dans une situation qui pourrait bien se retourner contre elle. Elle a mis au monde une espèce néfaste capable de neutraliser les instincts régulatoires qui assuraient la pérennité (3) de la vie terrestre. Une espèce déjà en mesure d'exterminer la vie sur la Terre. Tel est le sombre constat qui émerge de ce deuxième volet.
Le responsable de la nature
Le troisième volet début il y a un siècle ou deux. Les humains prennent enfin conscience de la menace qu'ils font peser sur la vie planétaire. C'est l'avènement du souci écologique. Tandis que la détérioration du paysage se poursuit et s'accélère, l'être humain se sent devenir responsable de l'avenir de la nature.
Après un long passé d'agression et de brutalité, après l'extinction de nombreuses variétés végétales et animales. l'humanité manifeste le désir de protéger la vie, Des espèces. qui semblaient vouées à l'extermination, sont sauvées in extremis… Au Kenya, d'immenses populations de flamants roses nous font oublier que. il y a quelques décennies à peine, on les croyait à jamais disparus.
De tels événements méritent d'être salués. Dans le cadre de l'évolu-tion cosmique leur portée s'étend bien au-delà de la vie des espèces épargnées. Par rapport au comportement antérieur des humains, ils représentent un espoir pour l'avenir de l'intelligence sur la Terre. C'est à l'échelle de l'univers entier que ces événements prennent leur valeur symbolique
Hubert Reeves, Malicorne, Éd. du Seuil. 1990.
1. Lieu où animaux et végétaux se développent de façon équilibrée.
2. Qui provoque la mort.
3. Continuité, état de ce qui dure toujours.
DOCUMENT 3: Nous avons perdu le monde
Paysan et marin
Deux hommes jadis vivaient plongés dans le temps extérieur des intempéries : le paysan et le marin, dont l'emploi du temps dépendait, heure par heure, de l'état du ciel et des saisons ; nous avons perdu toute mémoire de ce que nous devons à ces deux types d'hommes, des techniques les plus rudimentaires aux plus hauts raffinements. Certain texte grec ancien divise la terre en deux zones : celle où un même outil passait pour une pelle à grains et celle où les passants reconnaissaient en lui un aviron. Or ces deux populations disparaissent progressivement de la surface de la terre occidentale ; excédents agricoles, vaisseaux de fort tonnage transforment la mer et le sol en déserts. Le plus grand événement du XXème siècle reste sans conteste la disparition de l'agricul-ture comme activité pilote de la vie humaine en général et des cultures singulières.
Ne vivant plus qu'à l'intérieur […]. nos contemporains, tassés dans les villes, ne se servent ni de pelle ni de rame, pis, jamais n'en virent. Indifférents au climat, sauf pendant leurs vacances, où ils retrouvent, de façon arcadienne (1) et pataude, le monde, ils polluent, naïfs, ce qu'ils ne connaissent pas, qui rarement les blesse et jamais ne les concerne.
Espèces sales, singes et automobilistes, vite, laissent tomber leurs ordures, parce qu'ils n'habitent pas l'espace par où ils passent et se laissent donc aller à le souiller .
Encore un coup : qui décide ? Savants, administrateurs, journalistes, Comment vivent-ils ? Et d'abord, où ? Dans des laboratoires, où les sciences reproduisent les phénomènes pour les mieux définir, dans des bureaux ou studios. Bref, à l'intérieur. Jamais plus le climat n'influence nos travaux.
De quoi nous occupons-nous ? De données numériques, d'équations, de dossiers, de textes juridiques, des nouvelles sur le marbre ou les télescripteurs : bref, de langue. Du langage vrai dans le cas de la science, normatif pour l'administration, sensationnel pour les médias. De temps en temps, tel expert, climatologue ou physicien du globe, part en mission pour recueillir sur place des observations, comme tel reporter ou inspecteur, Mais l'essentiel se passe dedans et en paroles, jamais plus dehors avec les choses, Nous avons même muré les fenêtres, pour mieux nous entendre ou plus aisément nous disputer, irrépressiblement, nous communiquons. Nous ne nous occupons que de nos propres réseaux. [...]
Nous avons perdu le monde : nous avons transformé les choses en fétiches ou marchandises, enjeux de nos jeux de stratégie; et nos philosophes, acosmistes. sans cosmos, depuis tantôt un demi-siècle, ne dissertent que de langage ou de politique, d'écriture ou de logique.
Au moment même où physiquement nous agissons pour la première fois sur la Terre globale, et qu'elle réagit sans doute sur l'humanité globale, tragiquement, nous la négligeons-.
Terme et long court
Mais dans quel temps, derechef, vivons-nous, même quand il se réduit à celui qui passe et coule ? Réponse aujourd'hui universelle : dans le très court terme. Pour sauvegarder la Terre ou respecter le temps, au sens de la pluie et du vent, il faudrait penser vers le long terme, et, pour n'y vivre pas, nous avons désappris à penser selon ses rythmes et sa portée qui dépassent rarement les élections prochaines ; sur l'année fiscale ou budgétaire règne l'administrateur et au jour la semaine se diffusent les nouvelles ; quant à la science contemporaine, elle naît dans des articles de revue qui ne remontent presque jamais en deçà de dix ans; même si les travaux sur le paléo-climat récapitulent des dizaines de millénaires, ils ne datent pas eux-mêmes de trois décennies.
Tout se passe comme si les trois pouvoirs contemporains, j'entends par pouvoirs les instances qui, nulle part, ne rencontrent de contre-pouvoirs. avaient éradiqué (2) la mémoire du long terme, traditions millénaires. expériences accumulées par les cultures qui viennent de mourir ou que ces puissances tuent.
Michel Serres, Le Contrat naturel, Éd. François Bourin, 1990.
1. L'Arcadie, région de l'ancienne Grèce, souvent représentée comme le pays du bonheur calme et serein.
2. 2. Eradiqué : supprimé.
DOCUMENT 4
L'ENVIRONNEMENT SE VEND BIEN
L'" écolo-business " est florissant. Pour l'ensemble des pays européens, le chiffre d'affaire des produits et des services liés à l'environnement avoisine les 1200 milliards de francs. Il aura dépassé les 2500 milliards en l'an 2000. Mais attention : les arguments de vente sont parfois trompeurs…
IMAGE REPRESENTATANT DES PRODUITS MENAGERS " VERTS ",
IMPOSSIBLE A REPRODUIRE
Le respect de l'environnement n'a pas échappé aux réseaux de grande distribution. Monoprix commercialise depuis quelques mois une gamme de 34 produits " verts " : pile sans mercure, filtres à café non traités au chlore, ou sacs pouhrlle biodégradables. Le succès de l'opération est tel que fa gamme va étre très prochainement étendue à d'autres rayons.
Isabelle Grigaut, numéro hors série de la Revue Sciences et Avenir, mars-avril 1991.