Synthèse rédigée
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Tableau de confrontation
Exercice: rédiger la synthèse à partir d'un canevas
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Qui n'a jamais rêvé de partir un jour sur une île lointaine pour y mener une vie idyllique loin des contraintes de la vie civilisée ? L'île : lagons bleus, vie harmonieuse, espérance d'un monde meilleur. Speranza, c'est d'ailleurs le nom que M. Tournier a donné à l'île où il situe son roman
Vendredi ou les limbes du Pacifique (1965) : il y réécrit l'histoire de Robinson Crusoé, mais son personnage choisit de rester sur son île. En 1921, J. Giraudoux s'était également inspiré avec hu-mour de l'œuvre célèbre de Defoe dans son roman
Suzanne et le Pacifique : le naufragé est une charmante jeune fille qui découvre avec émerveillement une " île enchantée ". D'autres écrivains ont de l'île une vision moins romanesque : H.Theureau livre ainsi dans la revue Silex, 1979, un témoignage sur les neuf ans qu'il a passés dans une île : il en retient un bilan nuancé qui débouche sur une certaine déception. Dès 1772, D. Diderot, dans le
Supplément au voyage de Bougainville, dénonce, par la bouche d'un vieillard tahitien, les méfaits du colonialisme naissant, tandis qu'en 1955 l'ethnologue C. Lévy-Strauss déplore l'irrémédiable destruction des paradis exotiques par la technologie et le mode de vie des Occidentaux. Il semblerait donc que le mythe de l'île paradisiaque recouvre des réalités bien peu plaisantes.
Quelles sont d'abord les caractéristiques qui font de l'île un paradis dans l'imaginaire occidental ? Quels sont les ef-fets de la confrontation entre Occidentaux et îliens ?
*** L'île semble d'abord aux yeux des Occidentaux un monde préservé. C. Lévy-Strauss évoque la " candeur " et la " virginité " des paradis exotiques, forêt amazonienne ou îles polynésiennes. Pour le Robinson de M. Tournier, chaque ma-tin est un recommencement, comme si le monde venait d'être créé pour la première fois. C'est d'ailleurs à l'aurore que J. Giraudoux décrit l'île. H. Theureau, quant à lui, développe longuement les rapports entre l'île et l'enfance : l'île, par sa forme, est une sorte d'embryon, de cellule primitive, c'est aussi un monde en miniature où l'adulte redevient un en-fant.
Si l'île apparaît comme un monde toujours neuf, c'est que le temps sur l'île ne s'écoule pas comme ailleurs. H. Theureau constate que les rythmes saisonniers y sont peu marqués, ce qui donne l'impression d'éternité. Les îliens vivent au jour le jour, sans mémoire et sans projets. Le temps s'arrête de couler. Dans ce " présent perpétuel, sans passé ni ave-nir ", le Robinson de M. Tournier échappe à la dégradation du temps et connaît une éternelle jeunesse.
L'île est aussi un véritable paradis naturel. H. Theureau voit l'île comme une oasis avec des cascades d'eau douce et des arbres fruitiers. J. Giraudoux en donne exactement la même image. La végétation est particulièrement exubérante dans son roman : l'écrivain énumère une multitude d'espèces d'arbres. Cette " avalanche " ou ce " déferlement ", selon les ter-mes utilisés respectivement par H. Theureau et M. Tournier, menacent d'envahir et de détruire les constructions humaines. Néanmoins la nature est essentiellement nourricière, l'héroïne de
Suzanne et le Pacifique n'a qu'à tendre la main pour cueillir des nourritures succulentes et variées, tandis que les Tahitiens de D. Diderot y trouvent de quoi manger et se vêtir sans recourir au travail.
Enfin, l'homme vit en parfaite harmonie avec la nature. H. Theureau note que la lutte entre la nature et les hommes reste équilibrée, au point de donner l'impression d'une symbiose. Robinson, pour M. Tournier, devient " minéral " comme s'il s'assimilait au sol de l'île. Les Tahitiens de D. Diderot trouvent dans la nature de quoi satisfaire tous leurs besoins, de même que l'héroïne de J. Giraudoux y voit une source inépuisable de nourriture, mise à sa disposition par la Provi-dence.
L'île a donc bien toutes les caractéristiques du paradis terrestre. Cependant, ce paradis est menacé par la confronta-tion difficile avec les Occidentaux.
Le contact avec les gens des îles amène les Occidentaux à se remettre en question. Le vieillard de D. Diderot pro-clame que son peuple est heureux. Au contraire, H. Theureau finit par admettre qu'il est malheureux : il semble que l'homme occidental n'ait pas le sens du bonheur, qui n'est pas valorisé dans son éducation. De plus, lorsque M. Tournier évoque la jeunesse de Robinson, il décrit un jeune homme " avare et pieux ", donc menant une vie étriquée, écrasé par des contraintes économiques et religieuses. Ce n'est que sur l'île qu'il pourra s'épanouir et vivre comme un dieu. Enfin; les Tahitiens de D. Diderot se consacrent au repos alors que la civilisation occidentale est fondée sur le travail. Par l'intermédiaire du vieillard, le philosophe remet en question le travail dont le seul but est de satisfaire des besoins factices.
Mais surtout, l'île est menacée de destruction par l'Occident. Le navire qui vient chercher Robinson est porteur de maladie et de destruction. D. Diderot rappelle les massacres commis par l'équipage de Bougainville ; le vieillard redoute que son peuple, jusqu'alors pacifique, ne soit entraîné dans un engrenage de violence ; il s'indigne contre l'appropriation de son territoire par les Européens et la mise en esclavage de son peuple. La prophétie s'est réalisée : au vingtième siècle, M. Lévy-Strauss accuse le bétonnage des rivages, le développement des transports, l'uniformisation culturelle.
***L'image de l'île, véhiculée par la littérature et les récits de voyage contribue ainsi à renforcer le mythe d'un lieu pa-radisiaque qui satisfait les pulsions inconscientes de régression vers le sein maternel et qui semble n'obéir qu'au principe de plaisir. Mais les observateurs les plus lucides n'ont pas manqué d'en signaler la fragilité : depuis le début de l'expansion coloniale, les paradis exotiques ont vu déferler tous les maux de la civilisation occidentale, des violences contre les hom-mes à la destruction des milieux naturels.
Le mythe de l'île fonctionne à plein dans la publicité des agences de voyage : plages de sable blanc, cocotiers , mer et ciel azuréens, paillotes, colliers de fleurs et pseudo-vahinés sont devenus des clichés passe-partout. Sur un catalogue, il est à peu près impos-sible de différencier les Antilles des Seychelles ou de la Polynésie. Effectivement, les îles ont vu se développer des ghettos à touristes, dépourvus de tout caractère local et qui ne se distinguent que par le niveau social plus ou moins élevé des clients qu'ils accueillent. Quant aux plaisirs proposés, ce sont les mêmes que partout ailleurs, autour de la fameuse trilogie Sun Sea Sex. Bien peu de touristes se soucient de sortir de cet univers artificiel très représentatif de la mondialisation culturelle pressentie par Lévy-Strauss dès 1955. Ceux qui en font l'effort découvriront alors que beaucoup de ces paradis font partie du Tiers-Monde et que la population locale, dont la culture traditionnelle a été bouleversée par la colonisation puis le tourisme, y vit dans des conditions de grande précarité, comme c'est le cas à Tahiti, le plus pauvre des territoires français d'Outre-mer.