SYNTHÈSE DE DOCUMENTS
Vous ferez une synthèse ordonnée et concise des cinq documents suivants qui traitent du fanatisme.
Document 1 : Voltaire,
Dictionnaire Philosophique, 1770-1772.
Document 2: François Jacob,
Le jeu des possibles, Fayard, 1982.
Document 3: Emile M. Cioran,
Précis de décomposition, Gallimard, 1949.
Document 4: article de Bernard Poulet,
L'Evénement du jeudi, 12 janvier 1989.
Document 5 : " Manifeste des écrivains contre l'intolérance ",
Le Monde, 24 février 1989.
DOCUMENT 1: Les ravages du fanatisme
Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste ; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique. [Jean] Diaz, retiré à Nuremberg, qui était fermement convaincu que le pape est l'Antéchrist de l'Apocalypse, et qu'il a le signe de la bête, n'était qu'un enthousiaste ; son frère, Barthélemy Diaz, qui partit de Rome pour aller assassiner saintement son frère, et qui le tua en effet pour l'amour de Dieu, était un des plus abominables fanatiques que la superstition ait pu jamais former.
Polyeucte, qui va au temple, dans un jour de solennité, renverser et casser les statues et les ornements, est un fanatique moins horrible que Diaz, mais non moins sot. Les assassins du duc François de Guise, de Guillaume, prince d'Orange, du roi Henri III et du roi Henri IV, et de tant d'autres, étaient des énergumènes malades de la même rage que Diaz. Le plus détestable exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemy, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe.
Il y a des fanatiques de sang-froid : ce sont les juges qui condamnent à la mort ceux qui n'ont d'autre crime que de ne pas penser comme eux ; et ces juges-là sont d'autant plus coupables, d'autant plus dignes de l'exécration du genre humain que, n'étant pas dans un accès de fureur, comme les Clément, les Châtel, les Ravaillac, les Gérard, les Damiens, il semble qu'ils pourraient écouter la raison. Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré eux: leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.
Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l'esprit l'exemple d'Aod, qui assassine le roi Eglon ; de Judith, qui coupe la tête d'Holopherne en couchant avec lui ; de Samuel, qui hache en morceaux le roi Agag. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l'Antiquité, sont abominables dans le temps présent ; ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.
Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre.
Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?
Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait. Il n'y a eu qu'une seule religion dans le monde qui n'ait pas été souillée par le fanatisme, c'est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède ; car l'effet de la philosophie est de rendre l'âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Si notre sainte religion a été souvent corrompue par cette fureur infernale, c'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre.
Voltaire, Dictionnaire Philosophique, 1770-1772.
DOCUMENT 2: La science en question
Contrairement à ce qu'on croit souvent, l'important dans la science, c'est autant l'esprit que le produit. C'est autant l'ouverture, la primauté de la critique, la soumission à l'imprévu, si contrariant soit-il, que le résultat, si nouveau soit-il. Il y a belle lurette que les scientifiques ont renoncé à l'idée d'une vérité ultime et intangible, image exacte d'une " réalité " qui attendrait au coin de la rue d'être dévoilée. Ils savent maintenant devoir se contenter du partiel et du provisoire. Une telle démarche procède souvent à l'encontre de la pente naturelle à l'esprit humain qui réclame unité et cohérence dans sa représentation du monde sous ses aspects les plus divers. De fait, ce conflit, entre l'universel et le local, entre l'éternel et le provisoire, on le voit périodiquement réapparaître dans une série de polémiques opposant ceux qui refusent une vision totale et imposée du monde à ceux qui ne peuvent s'en passer. Que la vie et l'homme soient devenus objets de recherche et -non plus de révélation, peu l'acceptent.
Depuis quelques années, on fait beaucoup de reproches aux scientifiques. On les accuse d'être sans coeur et sans conscience, de ne pas s'intéresser au reste de l'humanité ; et même d'être des individus dangereux qui n'hésitent pas à découvrir des moyens de destruction et de coercition terribles et à s'en servir. C'est leur faire beaucoup d'honneur. La proportion d'imbéciles et de malfaisants est une constante qu y on retrouve dans tous les échantillons d'une population, chez les scientifiques comme chez les agents d'assurances, chez les écrivains comme chez les paysans, chez les prêtres comme chez les hommes politiques. Et malgré le Dr Frankenstein et le Dr Folamour, les catastrophes de l'histoire sont le fait moins des scientifiques que des prêtres, et des hommes politiques.
Car ce n'est pas seulement l'intérêt qui fait s'entretuer les hommes. C'est aussi le dogmatisme. Rien n'est aussi dangereux que la certitude d'avoir raison. Rien ne cause autant de destruction que l'obsession d'une vérité considérée comme absolue. Tous les crimes de l'histoire sont des conséquences de quelque fanatisme. Tous les massacres ont été accomplis par vertu, au nom de la religion vraie, du nationalisme légitime, de la politique idoine (1), de l'idéologie juste ; bref au nom du combat contre la vérité de l'autre, du combat contre Satan. Cette froideur et cette objectivité qu'on reproche si souvent aux scientifiques, peut-être conviennent-elles mieux que la fièvre et la subjectivité pour traiter certaines affaires humaines. Car ce ne sont pas les idées de la science qui engendrent les passions,. Ce sont les passions qui utilisent la science pour soutenir leur cause. La science ne conduit pas au racisme et à la haine. C'est la haine qui en appelle à la science pour justifier son racisme. On peut reprocher à certains scientifiques la fougue qu'ils apportent parfois à défendre leurs idées. Mais aucun génocide n'a encore été perpétré pour faire triompher une théorie scientifique. À la fin de ce XXe siècle, il devrait être clair pour chacun qu'aucun système n'expliquera le monde dans tous ses aspects et tous ses détails. Avoir contribué à casser l'idée d'une vérité intangible et éternelle n'est peut-être pas l'un des moindres titres de gloire de la démarche scientifique.
François Jacob, Le jeu des possibles, Fayard, 1982.
(1) Idoine: appropriée.
DOCUMENT 3: Tyran ou martyr ?
Lorsqu'on se refuse à admettre le caractère interchangeable des idées, le sang coule... Sous les résolutions fermes se dresse un poignard les yeux enflammés présagent le meurtre. Jamais esprit hésitant, atteint d'hamletisme (1) ne fut pernicieux : le principe du mal réside dans la tension de la volonté, dans l'inaptitude au quiétisme (2), dans la mégalomanie (3) prométhéenne d'une race qui crève d'idéal, qui éclate sous ses convictions et qui, pour s'être complu à bafouer le doute et la paresse -vices plus nobles que toutes ses vertus- s'est engagée dans une voie de perdition, dans l'histoire, dans ce mélange indécent de banalité et d'apocalypse... Les certitudes y abondent : supprimez-les, supprimez surtout leurs conséquences : vous reconstituez le Paradis. Qu'est-ce que la Chute sinon la poursuite d'une vérité et l'assurance de l'avoir trouvée, la passion pour un dogme, l'établissement dans un dogme ? Le fanatisme en résulte -tare capitale qui donne à l'homme le goût de l'efficacité, de la prophétie, de la terreur-, lèpre lyrique par laquelle il contamine les âmes, les soumet, les broie ou les exalte... N'y échappent que les sceptiques (ou les fainéants et les esthètes), parce qu'ils ne proposent rien, parce que -vrais bienfaiteurs de l'humanité- ils en détruisent les partis pris et en analysent le délire.
je me sens plus en sûreté auprès d'un Pyrrhon (4) que d'un saint Paul, pour la raison qu'une sagesse à bourrades est plus douce qu'une sainteté déchaînée. Dans un esprit ardent on retrouve la bête de proie déguisée ; on ne saurait trop se défendre des griffes d'un prophète... Que s'il élève la voix, fût-ce au nom du ciel, de la cité ou d'autres prétextes, éloignez-vous-en : satyre de votre solitude, il ne vous pardonne pas de vivre en deçà de ses vérités et de ses emportements ; son hystérie, son bien, il veut vous le faire partager, vous l'imposer et vous défigurer. Un être possédé par une croyance qui ne chercherait pas à la communiquer aux autres est un phénomène étranger à la terre, où l'obsession du salut rend la vie irrespirable. Regardez autour de vous : partout des larves qui prêchent : chaque institution traduit une mission ; les mairies ont leur absolu comme les temples : l'administration, avec ses règlements -métaphysique à l'usage des singes... Tous s'efforcent de remédier à la vie de tous : les mendiants, les incurables mêmes y aspirent : les trottoirs du monde et les hôpitaux débordent de réformateurs. L'envie de devenir source d'événements agit sur chacun comme un désordre mental ou comme une malédiction voulue. La société - un enfer de sauveurs ! Ce qu'y cherchait Diogène avec sa lanterne c'était un indifférent.
Il me suffit d'entendre quelqu'un parler sincèrement d'idéal, d'avenir, de philosophie, de l'entendre dire " vous " avec une inflexion d'assurance, d'invoquer les " autres " et s'en estimer l'interprète - pour que je le considère comme mon ennemi. J'y vois un tyran manqué, un bourreau approximatif, aussi haïssable que les tyrans, que les bourreaux de grande classe. C'est que toute foi exerce une forme de terreur, d'autant plus effroyable que les " purs " en sont les agents. On se méfie des finauds, des fripons, des farceurs ; pourtant on ne saurait leur imputer aucune des grandes convulsions de l'Histoire ; ne croyant en rien, ils ne fouillent pas vos cœurs, ni vos arrière-pensées : ils vous abandonnent à votre nonchalance, à votre désespoir ou à votre inutilité ; l'humanité leur doit le peu de moments de prospérité qu'elle connut ce sont eux qui sauvent les peuples que les fanatiques torturent et que les " idéalistes " ruinent. Sans doctrine, ils n'ont que des caprices et des intérêts, des vices accommodants, mille fois plus supportables que les ravages provoqués par le despotisme à principes ; car tous les maux de la vie viennent d'une " conception de la vie ". Un homme politique accompli devrait approfondir les sophistes anciens et prendre des leçons de chant - et de corruption...
Le fanatique, lui, est incorruptible : si pour une idée il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer pour elle ; dans les deux cas, tyran ou martyr, c'est un monstre. Point d'êtres plus dangereux que ceux qui ont souffert pour une croyance : les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyrs auxquels on da pas coupé la tête. Loin de diminuer l'appétit de puissance, la souffrance l'exaspère ; aussi l'esprit se sent-il plus à l'aise dans la société d'un fanfaron que dans celle d'un martyr; et rien ne lui répugne tant que ce spectacle où l'on meurt pour une idée... Excédé du sublime et du carnage, il rêve d'un ennui de province à l'échelle de l'univers, d'une Histoire dont la stagnation serait telle que le doute s'y dessinerait comme un événement et l'espoir comme une calamité...
Emile M. Cioran, Précis de décomposition, Gallimard, 1949.
(1) Hamlétisme : substantif formé à partir de " Hamlet ". Intellectualité raffinée, attitude réflexive qui engendre le doute.
(2) Quiétisme : doctrine pour laquelle la perfection consiste dans une contemplation bienheureuse et inactive.
(3) Mégalomanie : comportement pathologique caractérisé par le désir excessif de gloire, de puissance ou l'illusion qu'on les possède (délire, folie des grandeurs). Dans le langage courant: ambition, orgueil démesurés goût du colossal.
(4) Pyrrhon : philosophe grec (365-275 avant J. C), représente le scepticisme radical (opposé au dogmatisme).
DOCUMENT 4: La démocratie antidote du fanatisme
Contrairement au doux illuminé, le fanatique est prêt, pour imposer sa loi, à tuer et à sacrifier sa propre vie. Sa foi dans son dieu, son parti, son chef, sa patrie, sa famille (la vendetta ne relève-t-elle pas du fanatisme ?) est exclusive ; en même temps qu'elle est quête d'un absolu, elle est corsetée dans la certitude d'avoir raison, l'imperméabilité à tout raisonnement critique et ne peut s'accomplir que par la destruction (ou la conversion) de celui qui pense différemment. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'on ait commencé à parler de fanatisme au siècle des Lumières, quand la tolérance pointait son nez. Il fallait penser la tolérance pour pouvoir penser le fanatisme.
Rien d'étonnant non plus à ce que les philosophes aient englobé tous les monothéismes dans le fanatisme. Car les religions juive, chrétienne et musulmane ont peut-être, plus que toute autre, chauffé en leur sein cet égarement : fondées sur une révélation (celle de Moïse, de Jésus ou de Mahomet), elles veulent désigner la vérité, le chemin du salut. Elles opposent le " vrai " Dieu aux " faux " dieux, le " peuple de Dieu " (le peuple juste) aux autres. En version fanatique, cela donne la Sainte Inquisition, les juifs ultra-orthodoxes et Khomeiny. L'historien Jacques le Goff n'hésite pas à affirmer que " la religion chrétienne est une religion totalitaire, au sens où son objectif fondamental est la conversion de toute l'humanité ".
Mais aujourd'hui, alors que la ferveur religieuse semblait s'assoupir, comment expliquer le retour en force des fanatismes ? justement à cause de cette éclipse du religieux, de ce que certains auteurs, après Max Weber, appellent le " désenchantement du monde " : l'effacement des religions comme mode d'explication du monde. Et, plus largement, la faillite des idéologies. Le terrorisme recrute parmi ceux que terrorise ce " désenchantement ", ceux qui veulent désespérément se raccrocher à une certitude dans un monde en changement chaotique.
La recherche d'un absolu, d'une foi, de certitudes, de la pureté (n'oublions pas que, dans la Marseillaise, nous souhaitons " qu'un sang impur abreuve nos sillons "), d'une vérité pour nous rassurer face à la mort, au non-sens de l'existence, ne saurait aboutir. D'où tant de frustrations meurtrières.
Le fanatisme se nourrit du changement, des ébranlements provoqués par l'histoire récente : les séquelles de la colonisation, les guerres (Pol Pot aurait-il existé sans la guerre du Vietnam ?), la " modernisation " brutale (l'Iran ne l'a pas supportée), les crises économiques, la faillite de tous les modèles de développement.
Il est caractéristique que la tentative de modernisation de Gorbatchev en URSS ait ouvert la boîte de Pandore (1) des fanatismes. Celui des nationalités qui ressuscitent les sinistres pogroms. Celui de Pamiat, mouvement grand-russe qui veut revenir aux " valeurs éternelles de la Russie ", à la foi orthodoxe mâtinée d'antisémitisme. D'ailleurs, nos intégristes et autres front-nationalistes hexagonaux sont-ils bien différents ?
Les mouvements fanatiques trouvent donc leur terreau dans les mondes qui se transforment. C'est une folie qu'entretient le vertige des périodes de mutation. La plupart des mouvements fanatiques prônent le retour en arrière: Khomeiny vers le siècle d'Ali, Pol Pot ou le Sentier lumineux vers les communautés paysannes, tous les nationalistes vers des ancêtres mythiques. Pour ne pas parler des terroristes corses à la recherche d'une insularité mythique.
Et aujourd'hui, ils se dressent face à ce qui est pour eux la plus inquiétante des évolutions : l'essor de la démocratie. Car la démocratie, c'est non seulement la tolérance, mais, par essence, la fin des certitudes, des vérités révélées et éternelles.
La démocratie dans un monde " désenchanté ", c'est l'acceptation de l'autre, de la différence, du doute. Mais la démocratie est également " perte du sens ", qu'il soit religieux ou marxiste. Adieu les explications globales, les réponses toutes faites. L'homme et les institutions restent seuls devant leurs responsabilités. Dur!
Le fanatique craint la démocratie comme le vampire la lumière du jour. Il n'a pas tort : c'est par la démocratie que la Tunisie a fait barrage à l'intégrisme.
Mais la démocratie n'est pas facile à vivre. Elle est comme la science : elle pose plus de questions qu'elle n'en résout. Le scientifique, comme le démocrate, n'a pas de réponse préétablie. D'où l'angoisse.
Avec l'effacement des fois, " nous sommes voués à vivre à nu dans l'angoisse, ce qui nous fut épargné depuis le début de l'aventure humaine par la grâce des dieux (2) " et des idéologies. Mais la démocratie nous commande d'inventer d'autres valeurs, sous peine de rechute dramatique. Ainsi, face aux fanatismes renaissants, " l'heure est à l'invention d'une morale démocratiques ".
On s'y met quand ?
Article de Bernard Poulet, L'Evénement du jeudi, 12 janvier 1989.
(1) Pandore: personnage féminin de la mythologie grecque. On lui confia une jarre contenant tous les maux. Poussée par la curiosité, elle en souleva le couvercle, répandant ainsi tous les maux sur la terre.
(2) In Le Désenchantement du Monde de Marcel Gaucher.
(3) Citation d'Olivier Mongin, rédacteur en chef de la revue Esprit.
DOCUMENT 5: Cent cinquante-cinq écrivains dénoncent l'intolérance
Une quarantaine d'écrivains ont ajouté leur signature au manifeste du 16 février, en faveur de Salman Rushdie (voir Le Monde daté 19-20 février). Ce texte déclarait que " la liberté d'opinion, de publication, le droit à l'ironie envers les pouvoirs et les dogmes ont été payés assez cher pour qu'on ne puisse accepter les menaces, le fanatisme, d'où qu'ils viennent. La fonction critique de la littérature est une condition de la liberté de tous. Pour cette raison, et parce que l'intolérance est un symptôme d'un autre âge, nous exprimons notre solidarité entière à Salman Rushdie et à ceux qui l'éditent. "
Ils sont maintenant cent cinquante-cinq à dénoncer l'intolérance et le fanatisme.
" Manifeste des écrivains contre l'intolérance ", Le Monde, 24 février 1989.