SYNTHÈSE DE DOCUMENTS

A partir des documents ci-joints, qui évoquent les difficultés de la communication dans le monde d'aujourd'hui, vous ferez une synthèse objective, concise et ordonnée. Après quoi, dans une brève conclusion, vous donnerez votre point de vue sur la ques-tion.

Document 1 : A. Oger-Stefanink, La Communication c'est comme le chinois, cela s'apprend, Éd. Rivages/ Les Échos, 1987.
Document 2 : J.-R Lehnisch, La Communication dans l'entreprise, PUF, 1985.
Document 3 : E. Zarifian, Des paradis plein la tête, Éd. Odile Jacob, 1994.
Document 4 : P Watzlawick, J. H. Beavin, D. D. Jackson, Une logique de la communication, Éd. du Seuil, 1967.
Document 5 : F. Mauriac, Le Nœud de vipères, Éd. Grasset, 1932.

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DOCUMENT 1

" Méfie-toi de l'homme dont le ventre ne bouge pas quand il rit " Dicton cantonais
L'objectif du code verbal est la transmission d'une information. Le non-verbal est utilisé pour établir et maintenir la relation interpersonnelle. C'est ce que confirme Riccoboni, acteur de la Commedia dell'arte, quand en 1738, parlant du théâtre, il dé-clare : " l'art de la déclamation consiste à joindre à une prononciation variée l'expression du geste, pour mieux faire sentir toute la force de la pensée. "
En effet, c'est la convergence et la concordance du système verbal et du non-verbal qui assurent la meilleure réception du message et la communication la plus efficace, le dit de la parole et le vécu du corps doivent être en congruence. Au théâtre, le bon comédien est celui qui sait jouer cet accord pour faire vivre son personnage.
Sachez que lorsqu'il y a mensonge, le non-verbal le transmet à l'insu de l'individu. Le corps est plus difficile à censurer que la parole. La bouche peut se taire, les doigts continuent à bavarder. Un individu peut simuler un sourire, mais un seul côté de sa bouche " joue le jeu ". Le sourire glisse en coin. Un sourire " de façade " se transforme en grimace. " Il existe mille orifices invisibles à travers lesquels un œil pénétrant peut voir d'un seul coup ce qui se passe dans une âme ", écrivait Laurence Sterne.
Lorsque le président égyptien Anouar el-Sadate est venu en 1977 à la Knessett, le Parlement israélien, parler du pacte d'ami-tié entre l'Égypte et Israël, on raconte que Jérusalem se demandait si, huit jours plus tard, les chars égyptiens ne seraient pas, une fois encore, sur les plateaux du Golan. Sachant que la distance entre la parole et la pensée entraîne automatiquement un contre-discours corporel, les services secrets israéliens avaient décidé de filmer et d'observer Sadate de la tête aux pieds. Il peut y avoir des doigts de pied qui manifestent leur désaccord ! L'observation directe, puis le visionnage du film ne décelèrent au-cune dissonance. L'histoire l'attesta. Les accords ne furent pas rompus et Sadate paya de sa vie, le 6 octobre 1981, la signature de ce traité.
Ne devenez ni un grand inquisiteur, ni un agent de la CIA, ni du KGB, mais surveillez tout geste parasite, toute dissonance dans le discours de vos interlocuteurs. Apprenez à lire le langage du corps, vous y découvrirez le mensonge ou la vérité de la parole...

Document 1 : A. Oger-Stefanink, La Communication c'est comme le chinois, cela s'apprend, Éd. Rivages/ Les Échos, 1987.

DOCUMENT 2

Par son importance, la communication dans l'entreprise est devenue un élément de stratégie que doit adopter toute organisa-tion. Le problème à résoudre est cependant redoutable pour au moins trois raisons :
Pendant longtemps, et en périodes de croissance notamment, ce besoin de communication n'apparaissait pas comme un im-pératif. En ère de vaches grasses, l'on sait que les problèmes psychologiques sont plus facilement refoulés. Il y a une dynami-que de la croissance et de la réussite qui balaie tout ce qui peut apparaître comme des obstacles ou des réflexions inutiles. Ac-tuellement, cette époque a vécu. Les difficultés à résoudre ont mis en évidence la nécessaire collaboration des hommes, laquelle passe inévitablement par une communication de qualité qui, elle-même, sous-tend la motivation ambiante.
- La deuxième raison vient du fait que tout ce qui touche l'humain est très difficile à résoudre. Les cadres français ont été plus habitués à résoudre des problèmes techniques précis que de s'occuper de " psychologie " longtemps apparue, non pas comme une technique, mais comme une " philosophie " avec le côté " rêveur " que ce mot revêt pour le profane.
- L'entreprise est à la recherche d'un nouveau modèle d'organisation. Celui d'hier a vécu. Celui de demain est en voie d'appa-rition. Pendant longtemps, on a vécu sur un modèle de l'entreprise 1880 modifié en 1925, c'est-à-dire sur un schéma de l'entre-prise industrielle modifiée par le taylorisme. C'était un modèle rationnel, héritier du XVIIIe siècle et de la philosophie des Lumières associée au culte de la raison. On se désintéressait donc naturellement de l'irrationnel. Notons que le taylorisme da pas seulement pénétré l'industrie, mais également les services et les administrations. Ce système a répondu avec beaucoup d'efficacité à l'attente de l'époque : il a créé des emplois par dizaines de millions, a modernisé la société, a créé des richesses au point que l'on est arrivé à critiquer les sociétés de consommation, et a permis, après la Seconde Guerre mondiale, de faire re-démarrer les économies nationales.
Cependant, depuis cinq à dix ans, ce système d'organisation s'efface (cf l'industrie automobile, la sidérurgie ... ). La culture taylorienne cède de plus en plus la place à la société de l'information. Le grave problème à résoudre est que cette mutation se fait très vite. Il fallait jadis une à deux générations pour passer d'un système à un autre. Actuellement, quelques années seule-ment sont laissées aux entreprises pour passer d'un modèle industriel à un modèle de communication.

J.-R Lehnisch, La Communication dans l'entreprise, PUF, 1985.


DOCUMENT 3

Les troubles psychiques pâtissent d'une image extrêmement négative dans l'esprit du grand public. En fait, ce sont les gens souffrant de troubles psychiques qui sont gravement pénalisés. Dans notre monde logique et rationnel, où toute vérité doit être matérialisée et concrète, la souffrance psychique dérange, fait peur, ou pire, n'est pas crédible. " Il le fait exprès, secoue-toi, tu as tout pour être heureux, tu es paresseux, regarde ce que l'on fait pour toi, c'est de la simulation, c'est une tentative de suicide chantage... " Abrégeons. Les représentations des " maladies mentales " sont toujours effrayantes et elles engendrent la peur, donc l'intolérance et l'exclusion. La rançon pour les patients, c'est la honte, le retard dans les soins, les difficultés de réinser-tion. Les conséquences pour les familles, c'est le silence, la solitude dans la peine, le sentiment d'abandon et l'interdiction de la compassion d'autrui.
Les représentations fausses sont bien évidemment le résultat d'une absence d'information ou d'une information erronée. Le " malade mental ", comme on dit de manière globale, mélangeant dans une fraternelle confusion toutes les formes de souf-france psychique, est dangereux et incurable. Il est interné dans des asiles où il est soigné (sans que l'on sache bien de quels soins il s'agit) par des gens que l'on appelle les " psy " et qui sont en général aussi fous que leurs malades. Les mots " maladies mentales " pèsent d'un poids très lourd. Le public ne sait pas que 800 000 personnes sont suivies en France dans le seul secteur public pour troubles psychiques dont 73 000 sont hospitalisées tous les ans. Le public ne sait pas que personne n'est à l'abri et qu'aujourd'hui 25 % des Français connaissent dans leur entourage quelqu'un qui est en difficulté. Le public ne sait pas que la souffrance psychique va du chagrin d'amour à la schizophrénie en passant par toutes les conséquences traumatisantes des acci-dents de parcours de l'existence.
C'est pour ces raisons que des pays proches de la France, comme la Hollande et la Grande-Bretagne, ont développé des cam-pagnes de communication destinées au grand public et qui ont modifié l'image, et donc le statut, des troubles psychiques. C'est pourquoi aussi quatre grands hôpitaux psychiatriques parisiens se sont associés en créant une structure, " Psycom ", animée par Joël Martinez, un directeur d'établissement, et se sont lancés dans l'analyse d'image, la communication et la transformation de la représentation des troubles psychiques. C'est pour ces raisons que des associations de psychiatres, des groupes très divers de professionnels de la santé mentale multiplient les efforts pour informer le public, les journalistes, les élus locaux. C'est pour ces raisons enfin que le ministère de la Santé a décidé d'accorder une attention particulière au redressement de la vérité dans ce domaine et à l'information de l'opinion. Le jour où la réalité de ce qu'est la souffrance psychique et des formes qu'elle peut prendre sera vraiment connue, les aides et les prises en charge seront considérablement facilitées.

E. Zarifian, Des paradis plein la tête, Éd. Odile Jacob, 1994.

DOCUMENT 4


Disons tout d'abord que le comportement possède une propriété on ne peut plus fondamentale, et qui de ce fait échappe sou-vent à l'attention : le comportement n'a pas de contraire. Autrement dit, il n'y a pas de " non-comportement ", ou pour dire les choses encore plus simplement: on ne peut pas ne pas avoir de comportement. Or, si l'on admet que, dans une interaction, tout comportement a la valeur d'un message, c'est-à-dire qu'il est une communication, il suit qu'on ne peut pas ne pas communiquer, qu'on le veuille ou non. Activité ou inactivité, parole ou silence, tout a valeur de message. De tels comportements influencent les autres, et les autres, en retour, ne peuvent pas ne pas réagir à ces communications, et de ce fait eux-mêmes communiquer. Il faut bien comprendre que le seul fait de ne pas parler ou de ne pas prêter attention à autrui ne constitue pas une exception à ce que nous venons de dire. Un homme attablé dans un bar rempli de monde et qui regarde droit devant lui, un passager qui dans un avion reste assis dans son fauteuil les yeux fermés, communiquent tous deux un message : ils ne veulent parler à personne, et ne veulent pas qu'on leur adresse la parole; en général, leurs voisins " comprennent le message " et y réagissent normale-ment en les laissant tranquilles. Manifestement, il y a là un échange de communication, tout autant que dans une discussion animée.
On ne peut pas dire non plus qu'il y ait " communication " que si elle est intentionnelle, consciente ou réussie, c'est-à-dire s'il y a compréhension mutuelle. Savoir s'il y a correspondance entre le message adressé et le message reçu appartient à un ordre d'analyse différent, quoique important, car il repose nécessairement en fin de compte sur l'estimation de données spécifiques, de l'ordre de l'introspection et du témoignage personnel, données que nous laissons délibérément de côté dans une théorie de la communication exposée du point de vue du comportement.
Quant au problème du malentendu, étant donné certaines propriétés formelles de la communication, nous examinerons com-ment peuvent s'installer les troubles pathologiques qui y sont liés, indépendamment, et même en dépit, des motivations ou intentions des partenaires.

P. Watzlawick, J. H. Beavin, D. D. Jackson, Une logique de la communication, Éd. du Seuil, 1967.

DOCUMENT 5


À soixante-huit ans, Louis, le narrateur, persuadé que sa femme et ses enfants ne l'ont jamais aimé, ni compris, décide de se venger en les déshéritant au profit de son fils naturel qui vit à Paris. Juste avant son départ pour Paris, il a cette conversation avec sa femme Isa.
- Pourquoi les détestes-tu, Louis, pourquoi hais-tu ta famille?
- C'est vous qui me haïssez. Ou plutôt, mes enfants me haïssent. Toi... tu m'ignores, sauf quand je t'irrite ou que je te fais peur.
- Tu pourrais ajouter : " ou que je te torture... " Crois-tu que je n'aie pas souffert autrefois ?
- Allons donc! tu ne voyais que les enfants...
- Il fallait bien me rattacher à eux. Que me restait-il en dehors d'eux (et à voix plus basse), tu m'as délaissée et trompée dès la première année, tu le sais bien.
- Ma pauvre Isa, tu ne me feras pas croire que mes fredaines (1) t'aient beaucoup touchée... Dans ton amour-propre de jeune femme peut-être...
Elle rit amèrement:
- Tu as l'air sincère! Quand je pense que tu ne t'es même pas aperçu...
Je tressaillis d'espérance. C'est étrange à dire, puisqu'il s'agissait de sentiments révolus, finis. L'espoir d'avoir été aimé, qua-rante années plus tôt, à mon insu... Mais non, je n'y croyais pas...
- Tu n'as pas eu un mot, un cri... Les enfants te suffisaient.
Elle cacha sa figure dans ses deux mains. je n'en avais jamais remarqué, comme ce jour-là, les grosses veines, les tavelures (2).
- Mes enfants! Quand je pense qu'à partir du moment où nous avons fait chambre à part, je me suis privée, pendant des an-nées, d'en avoir aucun avec moi, la nuit, même quand ils étaient malades, parce que j'attendais, j'espérais toujours ta ve-nue.
Des larmes coulaient sur ses vieilles mains. C'était Isa ; moi seul pouvais retrouver encore, dans cette femme épaisse et pres-que infirme, la jeune fille vouée au blanc (3), sur la route de la vallée du Lys.
- C'est honteux et ridicule à mon âge de rappeler ces choses. Oui, surtout ridicule. Pardonne-moi, Louis.
Je regardais les vignes, sans répondre. Un doute me vint, à cette minute-là. Est-il possible, pendant près d'un demi-siècle, de n'observer qu'un seul côté de la créature qui partage notre vie ? Se pourrait-il que nous fassions, par habitude, le tri de ses pa-roles et de ses gestes, ne retenant que ce qui nourrit nos griefs et entretient nos rancunes? Tendance fatale à simplifier les au-tres; élimination de tous les traits qui adouciraient la charge, qui rendraient plus humaine la caricature dont notre haine a besoin pour sa justification.

F. Mauriac, Le Nœud de vipères, Éd. Grasset, 1932.

1. Fredaines : écarts de conduite.
2. Tavelures : taches sur la peau.
3. Vouée au blanc : après la mort de ses deux frères (tuberculose), elle avait été placée sous la protection spéciale de la Vierge Marie par un vœu dont la marque extérieure était, dans son cas, la couleur exclusivement blanche de ses vêtements.