SYNTHÈSE DE DOCUMENTS
Document 1 : Benoît MOREL (La Tordue),
T'es fou, 1996.
Document 2 : Voltaire,
Micromégas, 1752.
Document 3 : Albert Einstein,
Why war ?, 1933.
Document 3 : Emile Zola,
L'Assommoir, 1877.
Document 4 : Jean Giono, " Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix " (16 août 1938)
Ecrits Pacifistes.
Document 5 : Arthur Rimbaud,
Poésie, 1870.
Document 6 : Plantu,
Le Monde, 1994.
Texte supplémentaire
Images supplémentaires
Images pacifistes contre la guerre en Irak (2003).
DOCUMENT 1
LA GUERRE
croupissez machines de guerre
des tonn's et des tonn's de fer
entreposées prêtes à rugir
prêtes à rougir
la terre
congénère contre con
génère une rime en " on "
prévert nous l'a pourtant bien dit
quelle connerie
la guerre
sournoiseries nucléaires
sous-marins de poche-révolver
bonbons napalm goût chimique
panoplies de sapeur-panique
on n'arrête pas l'imaginaire
pour se faire sauter la caf'tière
cent fois d'quoi s'envoyer en l'air
de quoi descendre le soleil
de quoi éteindre le ciel
c'est moi l'plus fort nananère
quelle pâtée on vous a mis'
des tonn's et des tonn's de fer
dans la chair
ennemie
mais tapez là cher confrère
vous n'étiez pas mal non plus
cette fois c'est la der des der
avant la prochain' bien entendu
les huiles ainsi s'en vont signant
des traité aux petits oignons
après avoir saigné à blanc
se partagent terre et pognon
tracent des frontières
bidons
secrets de nos piteux états
l'argent est roi et marche au pas
tambourins sous-fifres et tirelires
un' deux un' deux et trois
à quatre on tire
dans l'tas
croupissez machines de guerre
dans les hangars de la mémoire
basta cessons d'croiser le fer
plus de bouch'ries plus d'abattoirs
maint'nant on va baisser le store
laisser la conn'rie au vestiaire
y'a plus d'amateur pour se sport
plus personne sous les bannières
pourquoi pas la belle utopie
faites un bilan, professionnels
un' reconversion réussie
faites-vous la paire faites-vous la belle
engagez-vous dans le parti
qui déclare la guerre à la guerre
sortez-vous le nez du kaki
il y a des tonn' de choses à faire
avec vot' matos6 et vot' génie
pour remettr' en état la terre
rangez tous vos affreux joujoux
faites tourner le calumet
et foutez-nous
la paix
Benoît MOREL (La Tordue), T'es fou, 1996.
DOCUMENT 2
Un visiteur extra-terrestre, venu de la planète Sirius, s'adresse ainsi à des philosophes terriens :
" Ô atomes intelligents, dans qui l'Être éternel s'est plu à manifester son adresse et sa puissance, vous devez sans doute goûter des joies bien pures sur votre globe : car, ayant si peu de matière, et paraissant tout esprit, vous devez passer votre vie à aimer et à penser ; c'est la véritable vie des esprits. Je n'ai jamais vu nulle part le vrai bonheur ; mais il est ici, sans doute. " À ce discours, tous les philosophes secouèrent la tête ; et l'un d'eux, plus franc que les autres, avoua de bonne foi que, s'il l'on en excepte un petit nombre d'habitants fort peu considérés, tout le reste est un assemblage de fous, de méchants et de malheureux. " Nous avons plus de matière qu'il ne nous en faut, dit-il, pour faire beaucoup de mal, si le mal vient de l'esprit ; savez-vous bien, par exemple, qu'à l'heure que je vous parle, il y a cent mille fous de notre espèce, couverts de chapeaux, qui tuent cent mille autre animaux couverts d'un turban, ou qui sont massacrés par eux, et que, presque par toute la terre, c'est ainsi qu'on en use de temps immémorial ? " Le Sirien frémit, et demanda quel pouvait être le sujet de ces horribles querelles entre de si chétifs animaux. " Il s'agit, dit le philosophe, de quelque tas de boue grand comme votre talon. Ce n'est pas qu'aucun de ces millions d'hommes qui se font égorger prétende un fétu sur ce tas de boue. Il ne s'agit que de savoir s'il appartiendra à un certain homme qu'on nomme " Sultan ", ou à un autre qu'on nomme, je ne sais pourquoi, " César ". Ni l'un ni l'autre n'a jamais vu ni ne verra jamais le petit coin de terre dont il s'agit ; et presque aucun de ces animaux, qui s'égorgent mutuellement, n'a jamais vu l'animal pour lequel ils s'égorgent.
- Ah ! malheureux ! s'écria le Sirien avec indignation, peut-on concevoir cet excès de rage forcenée ! Il me prend envie de faire trois pas, et d'écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d'assassins ridicules. ¾ Ne vous en donnez pas la peine, lui répondit-on ; ils travaillent assez à leur ruine. Sachez qu'au bout de dix ans, il ne reste jamais la centième partie de ces misérables ; sachez que, quand même ils n'auraient pas tiré l'épée, la faim, la fatigue ou l'intempérance, les emportent presque tous. D'ailleurs, ce n'est pas eux qu'il faut punir, ce sont ces barbares sédentaires qui du fond de leur cabinet ordonnent, dans le temps de leur digestion, le massacre d'un million d'hommes, et qui en font ensuite remercier Dieu solennellement. "
Voltaire, Micromégas, 1752.
DOCUMENT 3
Voici le problème : y a-t-il un moyen de délivrer l'humanité de la menace de la guerre ? Chacun sait qu'avec les progrès de la science moderne, cette question est devenue une affaire de vie et de mort pour la civilisation que nous connaissons ; néanmoins, malgré tout le zèle déployé, tous les efforts pour la résoudre ont fini par un échec lamentable. [...]
Aucun doute ne peut subsister que des facteurs psychologiques puissants paralysent ces efforts. Certains sont faciles à trouver. L'avidité du pouvoir qui caractérise la classe gouvernante dans chaque nation est hostile à tout effort pour limiter la souveraineté nationale. [...]
Comment est-il possible à cette petite clique d'infléchir la volonté de la majorité qui ne peut que perdre et souffrir dans la guerre au service de leurs ambitions ? (En parlant de la majorité, je n'exclus pas les soldats de tous grades qui ont choisi la guerre comme profession avec la conviction qu'ils servent à défendre les plus haut intérêts de leur race, et que l'attaque est souvent le meilleur moyen de défense). Une réponse évidente à cette question semblerait être que la minorité, la classe dirigeante, à présent contrôle les écoles et la presse et souvent aussi l'Église. Ceci lui permet d'organiser et d'influencer les émotions des masses et d'en faire un instrument.
Cependant, même cette réponse ne fournit pas une solution complète. Une autre question s'en dégage : comment ces moyens réussissent-ils si bien à exciter les hommes jusqu'à un enthousiasme si fou qu'ils sacrifient même leur vie. Une seule réponse est possible. Parce que l'homme a en lui une soif de haine et de destruction. En temps normal, cette passion est latente, elle ne paraît que dans des circonstances exceptionnelles, mais, il est relativement facile de la faire surgir et de la gonfler jusqu'à ce qu'elle atteigne la puissance d'une psychose collective.
Albert Einstein, Why war ?, 1933.
DOCUMENT 4
Giono s'adresse à des paysans, pacifistes comme lui, qui ont composé la majeure partie des soldats de la Grande Guerre de 1914-1918.
Je n'aime pas la guerre. Je n'aime aucune sorte de guerre. Ce n'est pas par sentimentalité. Je suis resté quarante-deux jours devant le fort de Vaux1 et il est difficile de m'intéresser à un cadavre désormais. Je ne sais pas si c'est une qualité ou un défaut : c'est un fait. Je déteste la guerre. Je refuse la guerre pour la simple raison que la guerre est inutile. Oui, ce simple petit mot. Je n'ai pas d'imagination. Pas horrible ; non, inutile, simplement. Ce qui me frappe dans la guerre ce n'est pas son horreur : c'est son inutilité. Vous me direz que cette inutilité précisément est horrible. Oui, mais par surcroît. Il est impossible d'expliquer l'horreur de quarante-deux jours d'attaque devant Verdun à des hommes qui, nés après la bataille, sont maintenant dans la faiblesse et dans la force de la jeunesse. Y réussirait-on qu'il y a pour ces hommes neufs une sorte d'attrait dans l'horreur en raison même de leur force physique et de leur faiblesse. Je parle de la majorité. Il y a toujours, évidemment, une minorité qui fait son compte et qu'il est inutile d'instruire. La majorité est attirée par l'horreur ; elle se sent capable d'y vivre et d'y mourir comme les autres ; elle n'est pas fâchée qu'on la force à en donner la preuve. Il n'y a pas d'autre vraie raison à la continuelle acceptation de ce qu'après on appelle le martyre et le sacrifice. Vous ne pouvez pas leur prouver l'horreur. Vous n'avez plus rien à votre disposition que votre parole : vos amis qui ont été tués à côté de vous n'étaient pas les amis de ceux à qui vous parlez ; la monstrueuse magie qui transformait ces affections vivantes en pourriture, ils ne peuvent pas la connaître ; le massacre des corps et la laideur des mutilations se sont dispersés depuis vingt ans et se sont perdus silencieusement au fond de vingt années d'accouchements journaliers d'enfants frais, neufs, entiers, et parfaitement beaux. À la fin des guerres il y a un mutilé de la face, un manchot, un boiteux, un gazé par dix hommes ; vingt ans après il n'y en a plus qu'un par deux cents hommes ; on ne les voit plus ; ils ne sont plus des preuves. L'horreur s'efface. Et j'ajoute que malgré toute cette horreur, si la guerre était utile il serait juste de l'accepter. Mais la guerre est inutile et son inutilité est évidente. L'inutilité de toutes les guerres est évidente. Qu'elles soient défensives, offensives, civiles, pour la paix, le droit pour la liberté, toutes les guerres sont inutiles. La succession des guerres dans l'histoire prouve bien qu'elles n'ont jamais conclu puisqu'il a fallu recommencer les guerres. La guerre de 1914 a d'abord été pour nous, Français, une guerre défensive. Nous sommes-nous défendus ? Non, nous sommes au même point qu'avant. Elle devait être ensuite la guerre du droit. A-t-elle créé le droit ? Non, nous avons vécu depuis des temps pareillement injustes. Elle devait être la dernière des guerres ; elle était la guerre à tuer la guerre. L'a-t-elle fait ? Non. On nous prépare de nouvelles guerres ; elle n'a pas tué la guerre ; elle n'a tué que des hommes inutilement. La guerre d'Espagne n'est pas encore finie qu'on aperçoit déjà son évidente inutilité. Je consens à faire n'importe quel travail utile, même au péril de ma vie. Je refuse tout ce qui est inutile et en premier lieu la guerre car son inutilité est aussi claire que le soleil.
Jean Giono, " Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix " (16 août 1938)Ecrits Pacifistes.
DOCUMENT 5
Le mal
Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu
Qu'écarlates ou verts près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
Tandis qu'une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ;
- Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature ! Ô toi qui fis ces hommes saintement !... -
Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or ;
Qui dans le bercement des hosannas s'endort,
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
Arthur Rimbaud, Poésie, 1870.
DOCUMENT 6
Plantu, Le Monde, 1994.