SYNTHÈSE DE DOCUMENTS
Document 1 : "Noël",
Encyclopædia Universalis, 1995.
Document 2 : Pascal Lardellier, "Noël entre passé et présents",
Libération, 24 décembre 2003.
Document 3 : Arno Guillou, Stéphane Corcoral,
L'œil électrique n°26, décembre 2002.
Document 4 : Isabelle Yhuel, "Noël : un sacré rituel",
Psychologies, décembre 2000.
Document 5 : Francis Blanche, Noël Blanc,
Voir le tableau de confrontation
DOCUMENT 1: "NOËL"
Fête solennelle de la naissance de Jésus-Christ, Noël est célébré le 25 décembre
dans toutes les Églises chrétiennes depuis le IVe siècle. Cette date était alors
celle de la fête païenne du solstice d'hiver appelée "Naissance (en latin, "Natale")
du soleil", car celui-ci semble reprendre vie lorsque les jours s'allongent à nouveau.
À Rome, l'Église a adopté cette coutume fort populaire, d'origine orientale, qui venait
de s'imposer dans le calendrier civil, en lui donnant un sens nouveau : celui du Natale
(origine du mot français Noël) du Sauveur, que la Bible désigne comme le "Soleil de justice"
et la "Lumière du monde". Cette institution allait dans le sens du syncrétisme de
Constantin (les fidèles des deux cultes chômaient le même jour) et dans celui du concile
de Nicée, qui venait de réaffirmer la divinité du Christ ; aussi l'extension de cette
fête fut-elle rapide dans toutes les Églises chrétiennes.
La fête de Noël n'est donc pas, à proprement parler, l'anniversaire de la naissance de
Jésus, dont on ignore la date, mais la célébration du Seigneur venant dans le monde.
Les prières liturgiques et les sermons des évêques de ces siècles insistent sur la
signification "mystique" de cette solennité : Dieu se fait homme pour sauver l'humanité
et la mener à sa pleine réalisation dans le Royaume des cieux.
Mais la piété des fidèles s'est attachée plus volontiers à la lettre des récits
évangéliques de la naissance de Jésus et a fait de Noël la plus populaire des fêtes
chrétiennes : de Bethléem, où les pèlerins se rendaient, dans la nuit, à la grotte de
la Nativité, la coutume s'est répandue en Occident de célébrer une première messe à
minuit (la liturgie romaine connaît une deuxième messe à l'aurore et une troisième dans
la journée). Le Moyen Âge a imaginé, dans les églises, des représentations de la grotte
(crèches vivantes, à la manière des "mystères" de l'époque, ou statuettes qui sont à
l'origine des célèbres santons de Provence). L'Église a accepté cette expression de la
joie et de la piété des fidèles, tout en rappelant que le "mystère" de Noël doit
s'éclairer à la lumière de Pâques.
On appelle "temps de Noël" la période qui va du 25 décembre au dimanche après
l'Épiphanie.
Encyclopædia Universalis, 1995.
DOCUMENT 2: "Noël entre passé et présents"
Dans un monde troublé par le fait religieux, le joyeux oecuménisme entourant la
célébration de Noël rappelle l'inestimable fonction des rites dans nos sociétés ;
et la place centrale qu'y occupe encore la famille, sacralisée à cette occasion.
"Le XXIe siècle sera religieux..." Qui n'a pas en tête, sous forme d'antienne, cette
prédiction péremptoire de Malraux ? Ce présage éculé constitue, d'ailleurs, un argument
d'autorité fataliste en cette période où Dieu pose, sinon des problèmes, du moins une
foule de questions, dont les réponses ne tiennent pas forcément dans les lois, ou un
hypothétique jugement de Salomon, qui tranche tant qu'il tue. (…).
Mais sourions ! Car voici revenu pour une grosse semaine le temps béni de Noël. Béni
socialement, déjà, tant les quelques jours qui mènent du 24 décembre au 2 janvier vont
constituer une immense parenthèse de festivités, réjouissances, bombances et voeux de
toute nature, sous couvert de la bien nommée "trêve des confiseurs". A courte vue, on
pourrait voir dans cette célébration "du religieux", encore. Les choses sont plus
complexes que cela, et dans les pratiques comme dans l'analyse, il convient de ne
pas jeter le bébé avec l'eau du bain ! Par-delà les images bonhommes de l'Enfant Jésus,
justement, et du Père Noël, derrière le formidable coup d'accélérateur économique qu'il
constitue, Noël possède des fonctions anthropologiques précieuses, qui dépassent de loin
les convenues messes de minuit, bouches en coeur, huîtres et papillotes. Et que
l'Eglise se trouve alors réunie dans une ferveur inégalée ne change rien à cela, mais
ne fait qu'amplifier le phénomène.
La lente laïcisation de notre société a contribué à faire de la plupart des fêtes
religieuses de simples jours de congés, sauf pour les pratiquants. Mais Noël est à
part, et au-dessus. Cette fête réveille chez (quasiment) tout le monde des évocations
magiques, inaltérables, bien plus par excès que par défaut. Cet émerveillement
récurrent tient en quelques mots : l'enfance, les cadeaux, la famille... Au-delà des
clichés lénifiants, il y a dans Noël une animation (donc un mouvement et une âme)
du corps social et de ses communautés dont la première, la famille qui transcende
le religieux, pour s'enraciner dans le rite et la célébration, aussi.
Noël... De prime abord, un improbable bestiaire de rennes, d'ânes et de bœufs, une
cohorte de stéréotypes presque ringards, à coups de barbes blanches et de barbe à papa,
de "faux vieux" vêtus de rouge flashy hantant les rues avec leurs bedaines en polochon et
leurs perruques en coton, les guirlandes pendant des sapins artificiels à l'avenant ;
et ces chants litaniques aux choeurs sulpiciens, que les commerces diffusent en boucle
ad nauseam. Mais ces clichés sont touchants, car ils ramènent chacun à sa propre enfance,
quand le rêve était gratuit et intégral. Noël, pour l'imaginaire collectif, est à la
fois la "confiserie de la mémoire", une terre d'Utopie et le pays de Cocagne.
Par-delà cet angélisme social, on peut s'opposer à bon droit au culte des jouets et à
la consécration de "l'enfant roi". Et à l'adoration du poupon sacré de la crèche, s'est
substitué le rite des incommensurables et dispendieuses listes enfantines adressées à
un vieux barbu rigolard et païen érigé en médiateur providentiel. Noël, quand même, est
une grand-messe consommatoire, une digression festive de prodigalité effrénée.
Littéralement, se trouve consacré le triomphe des marchands du temple. Mais pour autant,
il ne viendrait à l'idée de personne de priver un enfant de Noël, et c'est là que l'on
touche du doigt l'oecuménisme magique de cette fête. On peut "zapper" la plupart des
commémorations, sauter à pieds joints nombre de dates républicaines, mais Noël est un
prétexte religieux, pour une célébration qui dépasse le religieux ou qui le prend au mot.
Scruter Noël avec une focale anthropologique permet de vérifier la plasticité, et la
permanence des structures rituelles. Sans réviser l'histoire, on peut rappeler que la
fête de la naissance du Christ investit des croyances et des rites plus anciens :
célébration paganiste de la lumière (le solstice d'hiver), et avant même, de la déesse
mésopotamienne de la fécondité, (ainsi, la bûche de Noël comme repas sacrificiel de
l'arbre de vie). Quant au sacro-saint Père Noël, il ne fut pas toujours en odeur de
sainteté, et sa consécration est très récente. Son effigie fut brûlée dans une église
dijonnaise dans les années 40, car alors, il sentait le soufre.
Oublions la neige et Tino Rossi, Noël, en première lecture, c'est une célébration
familiale, et les rituels échanges de cadeaux. (…)
L'esprit de Noël, c'est cela. Durant quelques heures ou quelques jours, en ce temps de
sacralisation de la famille, chacun est là, tous sont ensemble, et les liens distendus
par le quotidien et l'individualisme ambiant se trouvent resserrés dans un contexte
privilégié et un espace-temps rituel : longs préparatifs, "belles tables", costumes de
rigueur, déroulement codifié du repas, mets rares, changement de temporalité. A son
corps défendant, la famille est enthousiasmée, étymologiquement "prise dans le souffle
des dieux". Noël, alors comme formidable trouée dans le flux amnésique du temps
ordinaire.
Et puis Noël, surtout ce sont les cadeaux ; aux enfants, bien sûr, mais aussi entre
adultes. La ruée fébrile dans les magasins, avec en main la liste pour les uns et les
autres. Dans son lumineux Essai sur le don, Marcel Mauss a livré au début du XXe
siècle une formidable clé de lecture des rapports, expliquant que l'un des logiciels
du social réside dans ce cercle perpétuel du donné, du reçu et du rendu. Offrir des
présents et en accepter en retour, recevoir ses amis et leur rendre visite, tout se
trouve dit au pied de la lettre. C'est dans cette boucle perpétuelle à somme nulle,
mais qui institue le "gagnant-gagnant", que le lien social s'engendre, se régénère,
se pérennise. Noël, en ce sens, permet durant un intervalle ritualisé de suspendre les
logiques contractuelles et l'utilitarisme qui régissent de plus en plus de relations,
pour réaffirmer le primat du symbolique, la très précieuse inutilité du "temps juste
passé ensemble", dans un monde productiviste. Noël, un moment gratuit qui n'a pas de
prix, et dont le caractère inestimable réside en la circulation miraculeuse des
attentions, en cette boucle pacifique de petits dons et contre-dons qui scellent les
liens familiaux et amicaux, et que l'on s'offre en quelque sorte à soi-même,
symétriquement.
Noël, et l'éventail des rites sociaux et familiaux qui se sont agrégés autour pour
s'y inventer un destin autonome, c'est en fait se rendre disponible un temps imparti,
pour célébrer un "être-ensemble" choisi de cœur, ou sa "communauté élective". Noël,
c'est donc être présent à autrui. Présent, comme adjectif, et substantif, surtout...
Donc cadeau, et don de nous-mêmes, à ceux qui nous sont proches et chers.
Pascal Lardellier, Libération, 24 décembre 2003.
DOCUMENT 3
On s'offusque parfois de la récupération de la Toussaint par les Américains,
qui ont réussi à importer cette fête chez eux avant de la ramener sur l'ancien
continent, mâtinée de supports commerciaux et rebaptisée Halloween. En réalité,
ils n'en étaient pas là à leur coup d'essai.
Saint-Nicolas, Saint Evêque de Myre (Lycie, région de la Turquie actuelle, troisième
siècle), est à l'origine du personnage. Il aurait protégé trois jeunes filles promises
à l'esclavage par leur père, qu'il aurait sauvées en leur glissant par la cheminée un
véritable trésor en pièces d'or. Saint-Nicolas décède le 6 décembre 300, date de sa fête
aujourd'hui encore. La réforme protestante du seizième siècle tend à faire oublier le
personnage et à le remplacer par l'enfant Jésus (nativité). En Hollande cependant, le
personnage est conservé sous le nom de Sinter Klaas, toujours représenté en évêque. Les
émigrants hollandais fondateurs de New York (anciennement New Amsterdam) emportent Sinter
Klaas dans leurs bagages, et son nom évolue pour donner Santa Claus, représenté sous les
traits d'un vieux papy sympathique. Il ne distribue plus de pièces d'or mais des jouets.
C'est aussi aux USA qu'il prend sa dimension commerciale. La cohabitation des deux cultes
(Saint Nicolas et l'Enfant Jésus) et la proximité des deux dates (6 et 24 décembre)
seraient à l'origine du 24 décembre comme date de distribution des cadeaux par le Père
Noël. Ecrivains et journalistes vont alors le faire évoluer. En 1809, Washington Irving
décrit ses déplacements aériens lors de la distribution des cadeaux. Le 23 décembre 1823,
Clément Clarke Moore décrit dans un journal new-yorkais une carriole tirée par des rennes
et des lutins s'occupant de cadeaux. En 1863, l'illustrateur Thomas Nast dessine Santa
Claus en costume de fourrure blanche tenu par un large ceinturon. Le personnage devient
de plus en plus jovial et deux ans plus tard, Nast lui invente une demeure au Pôle Nord.
L'écrivain Georges P. Webster reprend cette idée et précise que sa manufacture de jouets
ainsi que sa maison sont dissimulées dans la glace et la neige du Pôle Nord. L'évolution
du personnage pourrait s'en tenir là, mais la firme Coca Cola, cherchant à faire boire au
monde entier sa boisson rafraîchissante en plein de cœur de l'hiver (vaste programme),
décide de s'approprier le personnage du Père Noël en le rhabillant aux couleurs de la
célèbre marque : costume rouge et barbe blanche. Haddon Sundblom le dessine en train de
boire du Coca pour reprendre des forces lors de la distribution des cadeaux. Pendant
35 ans, la marque diffuse ces images à travers la planète via la presse puis
la télévision. Et c'est ainsi qu'un Père Noël rouge à barbe blanche est devenu un
symbole de Noël à peu près universel.
Arno Guillou, Stéphane Corcoral, L'œil électrique n°26, décembre 2002.
DOCUMENT 4: "Noël : un sacré rituel"
Cinq personnes, déjà en tenue de soirée, décrivent leur prochain réveillon.
Une seule tradition : célébrer sa "famille".
Bien sûr, il y a l'irritation, cette impression de fête obligatoire, les pieds dans
les starting-blocks pour réussir le réveillon ; les courses folles dans des magasins et
nous au bord de la crise de nerfs ; etc. N'empêche, au bout du marathon, la magie opère
toujours : les souvenirs d'enfance, la célébration d'une famille à laquelle on tient, et
l'empreinte du religieux qui résiste à l'avènement de la société de consommation.
Noël remet chacun à sa place dans la filiation, résume la sociologue Martyne Perrot (1).
Les cadeaux - les aînés gâtant les petits - rappellent l'ordre des générations.
Avec une dizaine de personnes réunies pour le réveillon, nos témoins reflètent bien
la tendance actuelle. La famille s'enracine autour du sapin, les personnes divorcées
se retrouvent pour un soir : d'ailleurs, indique la sociologue, plus d'un couple sur
cinq se reforme pour passer Noël avec les enfants. D'autres célèbrent ce rituel avec les
plus démunis, les oubliés de la fête, magnifiant ainsi une forme différente de communauté
humaine. Rituel stable que Noël, résume Martyne Perrot. Ce que confirment nos témoins :
ils nous confient leurs émotions, mais aussi leur sentiment d'entretenir une tradition
essentielle pour eux.
(1)- In
Ethnologie de Noël (Grasset, 2000).
Louise, 13 ans : "C'est mon père qui fera la cuisine"
Passerez-vous les fêtes en famille ?
Oui, dans la maison de campagne de mon père.
Mes parents sont séparés, mais ma mère sera là, comme tous les ans. Il y aura aussi
ma sœur, ma cousine, ma meilleure amie, ma grand-mère, des amis de mes parents, qui
viendront de Paris, et une voisine du village : elle est toute seule. Nous serons onze,
et mon père fera la cuisine.
Quelle serait pour vous la soirée de Noël idéale ?
Une cinquantaine de personnes pour
rire beaucoup, qu'il y ait plein de cadeaux et qu'on ne se couche pas avant que le jour
se lève.
Quel est votre meilleur souvenir de fêtes ?
Quand j'étais petite, à un moment, ma
grand-mère disait aux enfants de se cacher dans une chambre parce que le Père Noël
ne devait absolument pas nous voir. Une demi-heure après, elle nous appelait : il y
avait un monceau de paquets devant le sapin.
Le plus détestable ?
Je n'en ai pas, j'adore toutes les fêtes.
Pourquoi avoir choisi cette tenue ?
Cette robe appartient à ma mère. J'ai réussi à la décider à me la prêter.
Aimez-vous faire des cadeaux ?
Oui. J'y réfléchis avant, puis je vais avec ma maman
et ma sœur dans un grand magasin et dans une boutique où il y a plein de jouets anciens.
Et en recevoir ? Oui, mais ça me casse les pieds de remercier cent mille fois. Et si c'est
un vêtement que je n'aime pas, je sais que je devrais le porter devant celui qui me l'a
offert…
Quelle personne aurez-vous le plus de plaisir à voir ?
Ma meilleure amie. Et ma cousine : je l'adore.
A quelle heure vous coucherez-vous ?
A 2 heures du matin… si les adultes sont en forme.
Que faut-il pour que Noël soit Noël ?
Une petite dispute entre adultes. Comme à chaque Noël. Après, on rigole tous.
Brice, 40 ans : "Nous serons vingt, mais je rêve d'un tête-à-tête amoureux avec ma femme"
Passerez-vous les fêtes en famille ?
Oui, avec ma femme, mes trois enfants, mes parents,
ma belle-mère, mes sœurs, leurs maris et leurs enfants, mon beau-frère. Cette année,
c'est ma femme et moi qui organisons le réveillon, chez nous, à Paris. Nous serons plus
d'une vingtaine.
Quelle serait pour vous la soirée de Noël idéale ?
En tête-à-tête amoureux avec ma femme, pendant que les enfants dorment et que tous les
téléphones sont débranchés.
Quel est votre meilleur souvenir de fêtes ?
Jeune adolescent, j'étais assez mystique, et comme j'étais soliste dans une chorale,
je chantais pendant la messe de minuit. C'était une grande joie.
Le plus détestable ?
Le premier Noël passé avec ma femme. Nous venions de nous rencontrer. Traditionnellement,
dans sa famille portugaise, on mange à Noël un plat de morue. Pour m'honorer, elle avait,
à la place, préparé du homard. Quelques membres de sa famille ont fait la tête toute
la soirée à cause de ça !
Pourquoi avoir choisi cette tenue ?
Parce que le noir, qui n'est pas une couleur, fait
vibrer le corps.
Aimez-vous faire des cadeaux ?
Beaucoup, et je suis toujours très sûr de moi au moment de choisir. C'est après, en
rentrant à la maison, que le doute me prend : cela plaira-t-il à la personne ?
Et en recevoir ?
Oui, parce que les gens qui m'aiment me font des cadeaux qui me plaisent.
Quelle personne aurez-vous le plus de plaisir à voir ?
Ma femme.
A quelle heure vous coucherez-vous ?
A 3 heures du matin, j'imagine.
Que faut-il pour que Noël soit Noël ?
Les chansons de Tino Rossi sur le lecteur de CD.
Catherine, 55 ans : "J'offre ma présence au téléphone à SOS Amitié"
Passerez-vous les fêtes en famille ?
Non. Je serai une partie de la soirée écoutante à SOS Amitié.
Quelle serait pour vous la soirée de Noël idéale ?
Exactement celle que je vais passer.
Quel est votre meilleur souvenir de fêtes ?
Tous les réveillons jusqu'à la mort de mon père, il y avait comme une trêve familiale.
Tout le monde avait envie d'être ensemble. Nous invitions toujours des personnes
esseulées. A sa mort, je n'ai plus retrouvé cet état de grâce.
Le plus détestable ?
Quand j'ai choisi de ne plus aller en famille, j'ai passé plusieurs réveillons seule chez
moi. C'était douloureux. Je ne savais pas encore quel sens leur donner.
Pourquoi avoir choisi cette tenue ?
Le soir du réveillon, j'ai rendez-vous, même si c'est avec des personnes que je ne
connais pas. Je les honore en m'apprêtant. Mon pull brille car, pour moi, Noël est
synonyme de lumière.
Aimez-vous faire des cadeaux ?
Je préfère la " communion " à la " consommation ". Mon cadeau aujourd'hui ? J'offre ma
présence au téléphone.
Et en recevoir ?
Bien sûr. Notamment la confiance de ceux qui me racontent leurs
souffrances. J'ai beaucoup reçu dans ma vie, je ressens la nécessité de donner.
Quelle personne aurez-vous le plus de plaisir à voir ?
Toutes, mais j'aurai une pensée
particulière pour une amie qui vit loin d'ici. Pour elle, Noël est un moment magique
d'amour entre les êtres.
A quelle heure vous coucherez-vous ?
A l'aube. Après SOS Amitié, je retrouverai des amis dans une église, puis nous
improviserons une petite fête avec quelques bons bordeaux.
Que faut-il pour que Noël soit Noël ?
Que je dépose dans une église les peines qui m'ont été confiées.
Anne, 45 ans : "J'ai d'abord envie de séduire mes enfants"
Passerez-vous les fêtes en famille ?
Oui, chez moi, à Metz, avec mes quatre enfants,
ma sœur, son compagnon et ses deux filles. Je préparerai un dîner très simple que nous
mangerons avant la messe de minuit. Je décore la table avec des bougies, du houx, des
étoiles. Au retour de la messe, nous boirons du chocolat chaud en mangeant des brioches
et des croissants.
Quelle serait pour vous la soirée de Noël idéale ?
La même, mais avec un compagnon à mes
côtés.
Quel est votre meilleur souvenir de fêtes ?
Paradoxalement, c'est un Noël dans une autre
famille que la mienne. Des gens de tous les âges avaient préparé des pièces de théâtre,
des poèmes, ils ont joué de la musique. Je me croyais dans un film.
Le plus détestable ?Le premier Noël sans mon mari, qui venait de me quitter. Les enfants
étaient très joyeux parce que c'était leur premier vrai réveillon. Leur père étant
commerçant, le 24 au soir, il rentrait toujours épuisé, et il se couchait. Il n'y avait
donc aucune fête. Pour ce premier Noël sans lui, mes garçons et moi nous étions apprêtés,
on avait mis des paillettes, de la musique. Mais ça n'a fait que renforcer mon chagrin.
Pourquoi avoir choisi cette tenue ? Parce que c'est celle que mes enfants aiment et que
je veux les séduire.
Aimez-vous faire des cadeaux ?
Oui, et j'aime les faire dans l'urgence, dans
l'effervescence des derniers moments.
Et en recevoir ?
Je suis toujours très émue en ouvrant un cadeau : ça veut dire que
la personne qui me l'offre a pensé à moi.
Quelle personne aurez-vous le plus de plaisir à voir ?
Ma petite nièce Juliette.
Je me souviendrais toujours de ses superbes sourires, bébé. Et puis, c'est une fille,
moi, j'ai quatre garçons.
A quelle heure vous coucherez-vous ?
Plus tôt qu'au nouvel an, peut-être à 1 heure du
matin.
Que faut-il pour que Noël soit Noël ?
Aller sur le marché de Noël de Metz pour,
dans le froid, manger des huîtres, boire du vin chaud et acheter quelques anges en bois
peint.
Isabelle Yhuel, Psychologies, décembre 2000.
DOCUMENT 5: Noël Blanc
Oh ! quand j'entends chanter Noël
J'aime revoir mes joies d'enfant
Le sapin scintillant, la neige d'argent
Noël mon beau rêve blanc
Oh ! quand j'entends sonner au ciel
L'heure où le bon vieillard descend
Je revois tes yeux clairs, Maman
Et je songe à d'autres Noëls blancs
La nuit est pleine de chants joyeux
Le bois craque dans le feu
La table est déjà garnie
Tout est prêt pour mes amis
Et j'attends l'heure où ils vont venir
En écoutant tous mes souvenirs
Oh ! quand j'entends chanter Noël
J'aime revoir mes joies d'enfant
Le sapin scintillant, la neige d'argent
Noël mon beau rêve blanc
Oh ! quand j'entends sonner au ciel
L'heure où le bon vieillard descend
Je revois tes yeux clairs, Maman
Et je songe à d'autres Noëls blancs
Je revois tes yeux clairs, Maman
Et je songe à d'autres Noëls blancs
Paroles: Francis Blanche. Musique: I. Berlin. Autres interprètes: Tino Rossi, André Dassary, Dalida (1960), Michel Louvain
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