SYNTHÈSE DE DOCUMENTS



Document 1 : Voltaire, Dictionnaire Philosophique, 1770-1772.
Document 1 : François Jacob, Le jeu des possibles, Fayard, 1982.
Document 1 : Afif Lakhdar, " Comment se fabrique un terrorisme à grande échelle " Al Hayat (Londres), paru dans Courier International, 26/02/02
Document 1 : Bernard Poulet, L'Evénement du jeudi, 12/01/89.
Document 1 : " Bush offre ses condoléances à la famille du militaire tué en Afghanistan ", Agence France-Presse, Ontario, Etats-Unis, 05/01/02.
Document 1 : Boris Cyrulnik, " Les Clés du bonheur ", Le Nouvel Observateur, semaine du 3/01/02..

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DOCUMENT 1

Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste (1) ; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique. [Jean] Diaz, retiré à Nuremberg, qui était fermement convaincu que le pape est l'Antéchrist de l'Apocalypse, et qu'il a le signe de la bête, n'était qu'un enthousiaste ; son frère, Barthélemy Diaz, qui partit de Rome pour aller assassiner saintement son frère, et qui le tua en effet pour l'amour de Dieu, était un des plus abominables fanatiques que la superstition ait pu jamais former.
Polyeucte, qui va au temple, dans un jour de solennité, renverser et casser les statues et les ornements, est un fanatique moins horrible que Diaz, mais non moins sot. Les assassins du duc François de Guise, de Guillaume, prince d'Orange, du roi Henri III et du roi Henri IV, et de tant d'autres, étaient des énergumènes malades de la même rage que Diaz. Le plus détestable exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemy, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe.
Il y a des fanatiques de sang-froid : ce sont les juges qui condamnent à la mort ceux qui n'ont d'autre crime que de ne pas penser comme eux ; et ces juges-là sont d'autant plus coupables, d'autant plus dignes de l'exécration du genre humain que, n'étant pas dans un accès de fureur, comme les Clément, les Châtel, les Ravaillac, les Gérard, les Damiens, il semble qu'ils pourraient écouter la raison. Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré eux: leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.
Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la reli-gion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l'esprit l'exemple d'Aod, qui assassine le roi Eglon ; de Judith, qui coupe la tête d'Holopherne en couchant avec lui ; de Samuel, qui hache en morceaux le roi Agag. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l'Antiqui-té, sont abominables dans le temps présent ; ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.
Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre.
Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?
Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait don-né un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait. (…) Si notre sainte religion a été souvent corrompue par cette fureur infernale, c'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre.

Voltaire, Dictionnaire Philosophique, 1770-1772.

(1) un enthousiaste : un illuminé.

DOCUMENT 2

Il y a belle lurette que les scientifiques ont renoncé à l'idée d'une vérité ultime et intangible, image exacte d'une " réalité " qui attendrait au coin de la rue d'être dévoilée. Ils savent maintenant devoir se contenter du partiel et du provisoire. Une telle démarche procède souvent à l'en-contre de la pente naturelle à l'esprit humain qui réclame unité et cohérence dans sa représentation du monde sous ses aspects les plus divers. De fait, ce conflit, entre l'universel et le local, entre l'éternel et le provisoire, on le voit périodiquement réapparaître dans une série de polémi-ques opposant ceux qui refusent une vision totale et imposée du monde à ceux qui ne peuvent s'en passer. Que la vie et l'homme soient deve-nus objets de recherche et -non plus de révélation, peu l'acceptent.
Depuis quelques années, on fait beaucoup de reproches aux scientifiques. On les accuse d'être sans cœur et sans conscience, de ne pas s'inté-resser au reste de l'humanité ; et même d'être des individus dangereux qui n'hésitent pas à découvrir des moyens de destruction et de coercition terribles et à s'en servir. C'est leur faire beaucoup d'honneur. La proportion d'imbéciles et de malfaisants est une constante qu y on retrouve dans tous les échantillons d'une population, chez les scientifiques comme chez les agents d'assurances, chez les écrivains comme chez les pay-sans, chez les prêtres comme chez les hommes politiques. Et malgré le Dr Frankenstein et le Dr Folamour, les catastrophes de l'histoire sont le fait moins des scientifiques que des prêtres, et des hommes politiques.
Car ce n'est pas seulement l'intérêt qui fait s'entretuer les hommes. C'est aussi le dogmatisme. Rien n'est aussi dangereux que la certitude d'avoir raison. Rien ne cause autant de destruction que l'obsession d'une vérité considérée comme absolue. Tous les crimes de l'histoire sont des conséquences de quelque fanatisme. Tous les massacres ont été accomplis par vertu, au nom de la religion vraie, du nationalisme légitime, de la politique idoine (1), de l'idéologie juste ; bref au nom du combat contre la vérité de l'autre, du combat contre Satan. Cette froideur et cette objectivité qu'on reproche si souvent aux scientifiques, peut-être conviennent-elles mieux que la fièvre et la subjectivité pour traiter certaines affaires humaines. Car ce ne sont pas les idées de la science qui engendrent les passions. Ce sont les passions qui utilisent la science pour sou-tenir leur cause. La science ne conduit pas au racisme et à la haine. C'est la haine qui en appelle à la science pour justifier son racisme. On peut reprocher à certains scientifiques la fougue qu'ils apportent parfois à défendre leurs idées. Mais aucun génocide n'a encore été perpétré pour faire triompher une théorie scientifique. À la fin de ce XXe siècle, il devrait être clair pour chacun qu'aucun système n'expliquera le monde dans tous ses aspects et tous ses détails. Avoir contribué à casser l'idée d'une vérité intangible et éternelle n'est peut-être pas l'un des moindres titres de gloire de la démarche scientifique.

François Jacob, Le jeu des possibles, Fayard, 1982.


(1) Idoine: appropriée.

DOCUMENT 3: " COMMENT SE FABRIQUE UN FANATISME À GRANDE ÉCHELLE "

Jusqu'à l'âge de 6 ou 7 ans, l'enfant s'imagine être le centre de l'univers. Il ne prête attention à rien qui puisse lui rappeler la réalité qui l'entoure et se contente de ses illusions sur lui-même et sur le monde. Puis, peu à peu, il finit par reconnaître le principe de réalité. Certains adultes, cependant, échouent à dépasser ce stade de l'égocentrisme infantile et à passer de l'autosatisfaction à l'autocritique. C'est exactement ce qui nous arrive, au niveau du peuple arabe comme au niveau des élites. (…)
Les discours racistes que vomissent nos médias à longueur de journée, notre haine primitive de l'autre, nos violations quotidiennes des valeurs humaines, notre dédain obstiné des droits des minorités, des femmes, des enfants, des travailleurs (ouvriers privés du droit d'organisation et de grève, bonnes traitées comme des esclaves dans la plupart de nos nations, etc.), toutes ces pratiques apparaissent irréprochables dans notre monde arabo-islamique, le meilleur des mondes possibles.
Sa violence est un "djihad", ses assassins sont des "héros", ses kamikazes sont des "martyrs". (…)
J'irai donc à contre-courant pour dire la vérité sans fard : toutes les violations précitées des droits de l'homme et toute cette violence sont le fruit du fanatisme que nous produisons et reproduisons à grande échelle dans notre système éducatif et dans nos médias. Comment définir le fanatisme ? (…)
Fanatisme et terrorisme sont des frères siamois. Quels en sont donc les aspects et les causes ?
Le narcissisme, tout d'abord. Il élève l'égocentrisme individuel ou collectif au-dessus de tous les autres moi, par refus de reconnaître le réel tel qu'il est. Le fanatique est incapable d'admettre le réel, cela exigerait de lui qu'il reconnaisse l'autre et qu'il admette qu'il dépend de lui. (…). La dévalorisation de l'autre est nécessaire pour le réduire à une entité maléfique, qu'il faut haïr et éradiquer. (…).
Le culte du "père social", qu'il s'agisse du leader ou de l'imam. Il n'existe pas de fanatisme sans leader, car il répond à un besoin infantile de suivre. Celui qui aime se soumettre a besoin de s'appuyer sur une forte personnalité, sur une autorité qui puisse réaliser tout à la fois son besoin de protection et de toute-puissance.
La haine de l'individu. Le fanatique hait l'individu en tant que son contraire absolu : celui qui s'est débarrassé du besoin de la protection patriarcale, un adulte capable de prendre en main son destin et de choisir ses valeurs indépendamment de la société, particulièrement d'une société traditionnelle qui nie l'individu. (…)
L'hostilité face à la modernité. Le fanatique religieux s'oppose à la modernité en ce qu'elle implique la citoyenneté et les droits de l'homme, en ce qu'elle prône un traitement égalitaire de toutes les races et fait de la démocratie une condition sine qua non de la légitimité du pouvoir. (…)
Pourquoi le fanatique préfère-t-il un Etat religieux à un Etat laïque et démocratique ? Parce que la démocratie est caractérisée par un vide de pouvoir, une absence de leader. Elle préfère la négociation, le débat et le vote. Son péché est de nous forcer à réfléchir, à assumer nos responsabilités. (…)
Le refus du relativisme. Celui-ci dénie aux cultures la prétention de présenter leurs valeurs comme universelles et transhistoriques, valables pour tous, en tout lieu et à toute époque. Or le fanatique a besoin de certitudes absolues afin d'éviter de réfléchir. En réfléchissant, il risquerait de tomber dans l'erreur. Dans la religion, c'est le texte qui nous interprète, nous n'avons pas le droit de l'interpréter dans le sens de l'adaptation aux exigences du moment. Le fanatisme religieux est présent dans toutes les dérives dogmatiques des religions, déformant l'Histoire et nous déformant en tant que sujets pensants.
Il est devenu difficile, dans les sciences modernes, de se raccrocher à des certitudes indubitables. Le doute et le doute sur le doute sont la règle, et non l'exception. Mais le doute ne s'insinue jamais dans la pensée du fanatique, qui sait où sont le vrai et le faux, qui sont les bons et qui sont les méchants. Il ne ressent aucune angoisse au moment du choix, même s'il s'agit d'arracher la vie à des innocents, surtout s'il est conforté dans sa démarche par un avis favorable de la part des autorités supérieures, comme la fatwa d'un ouléma qui lui permet de rejoindre l'élite en passant sur le corps de ses victimes. (…)

Afif Lakhdar, " Comment se fabrique un terrorisme à grande échelle " Al Hayat (Londres), paru dans Courier International, 26/02/02


DOCUMENT 4

Contrairement au doux illuminé, le fanatique est prêt, pour imposer sa loi, à tuer et à sacrifier sa propre vie. Sa foi dans son dieu, son parti, son chef, sa patrie, sa famille (la vendetta ne relève-t-elle pas du fanatisme ?) est exclusive ; en même temps qu'elle est quête d'un absolu, elle est corsetée dans la certitude d'avoir raison, l'imperméabilité à tout raisonnement critique et ne peut s'accomplir que par la destruction (ou la conversion) de celui qui pense différemment. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'on ait commencé à parler de fanatisme au siècle des Lumières, quand la tolérance pointait son nez. Il fallait penser la tolérance pour pouvoir penser le fanatisme.
Rien d'étonnant non plus à ce que les philosophes aient englobé tous les monothéismes dans le fanatisme. Car les religions juive, chrétienne et musulmane ont peut-être, plus que toute autre, chauffé en leur sein cet égarement : fondées sur une révélation (celle de Moïse, de Jésus ou de Mahomet), elles veulent désigner la vérité, le chemin du salut. Elles opposent le " vrai " Dieu aux " faux " dieux, le " peuple de Dieu " (le peuple juste) aux autres. En version fanatique, cela donne la Sainte Inquisition, les juifs ultra-orthodoxes et Khomeiny. L'historien Jacques le Goff n'hésite pas à affirmer que " la religion chrétienne est une religion totalitaire, au sens où son objectif fondamental est la conversion de toute l'humanité ".
Mais aujourd'hui, alors que la ferveur religieuse semblait s'assoupir, comment expliquer le retour en force des fanatismes ? justement à cause de cette éclipse du religieux, de ce que certains auteurs, après Max Weber, appellent le " désenchantement du monde " : l'effacement des reli-gions comme mode d'explication du monde. Et, plus largement, la faillite des idéologies. Le terrorisme recrute parmi ceux que terrorise ce " désenchantement ", ceux qui veulent désespérément se raccrocher à une certitude dans un monde en changement chaotique.
La recherche d'un absolu, d'une foi, de certitudes, de la pureté (n'oublions pas que, dans la Marseillaise, nous souhaitons " qu'un sang impur abreuve nos sillons "), d'une vérité pour nous rassurer face à la mort, au non-sens de l'existence, ne saurait aboutir. D'où tant de frustrations meurtrières.
Le fanatisme se nourrit du changement, des ébranlements provoqués par l'histoire récente : les séquelles de la colonisation, les guerres (Pol Pot aurait-il existé sans la guerre du Vietnam ?), la " modernisation " brutale (l'Iran ne l'a pas supportée), les crises économiques, la faillite de tous les modèles de développement. (…)
Les mouvements fanatiques trouvent donc leur terreau dans les mondes qui se transforment. C'est une folie qu'entretient le vertige des pério-des de mutation. La plupart des mouvements fanatiques prônent le retour en arrière: Khomeiny vers le siècle d'Ali, Pol Pot ou le Sentier lumi-neux vers les communautés paysannes, tous les nationalistes vers des ancêtres mythiques. Pour ne pas parler des terroristes corses à la recher-che d'une insularité mythique.
Et aujourd'hui, ils se dressent face à ce qui est pour eux la plus inquiétante des évolutions : l'essor de la démocratie. Car la démocratie, c'est non seulement la tolérance, mais, par essence, la fin des certitudes, des vérités révélées et éternelles.
La démocratie dans un monde " désenchanté ", c'est l'acceptation de l'autre, de la différence, du doute. Mais la démocratie est également " perte du sens ", qu'il soit religieux ou marxiste. Adieu les explications globales, les réponses toutes faites. L'homme et les institutions restent seuls devant leurs responsabilités. Dur !
Le fanatique craint la démocratie comme le vampire la lumière du jour. Il n'a pas tort : c'est par la démocratie que la Tunisie a fait barrage à l'intégrisme.
Mais la démocratie n'est pas facile à vivre. Elle est comme la science : elle pose plus de questions qu'elle n'en résout. Le scientifique, comme le démocrate, n'a pas de réponse préétablie. D'où l'angoisse.
Avec l'effacement des fois, " nous sommes voués à vivre à nu dans l'angoisse, ce qui nous fut épargné depuis le début de l'aventure humaine par la grâce des dieux (2) " et des idéologies. Mais la démocratie nous commande d'inventer d'autres valeurs, sous peine de rechute dramati-que. Ainsi, face aux fanatismes renaissants, " l'heure est à l'invention d'une morale démocratiques " (3).
On s'y met quand ?

Bernard Poulet, L'Evénement du jeudi, 12/01/89.

(1) Pandore: personnage féminin de la mythologie grecque. On lui confia une jarre contenant tous les maux. Poussée par la curiosité, elle en souleva le couvercle, répandant ainsi tous les maux sur la terre.
(2) In Le Désenchantement du Monde de Marcel Gaucher.
(3) Citation d'Oli-vier Mongin, rédacteur en chef de la revue Esprit.

DOCUMENT 5: " BUSH OFFRE SES CONDOLÉANCES À LA FAMILLE DU MILITAIRE TUÉ EN AFGHANISTAN"

Le président George W. Bush a offert samedi ses condoléances à la famille du "béret vert" tué en Afghanistan, le premier militaire américain tué en opérations dans ce pays, lors d'une intervention devant quelque 5000 personnes à Ontario en Californie.
" Nous portons le deuil de Nathan Chapman et nous prions avec sa famille. Mais je peux assurer sa famille qu'il a perdu la vie pour une cause qui est juste et importante. Cette cause est celle de la sécurité des Américains, c'est la cause de la liberté et du monde civilisé", a-t-il dit. (…)
Le président a évoqué une nouvelle fois les "forces du mal" contre lesquelles les États-Unis doivent se battre.
Trois mois après le début de la guerre en Afghanistan, le 7 octobre, le président Bush a redit encore une fois, dans des termes devenus fami-liers, la détermination américaine d'en finir avec le terrorisme
" Les forces du mal ont réveillé le tigre. Nous somme un peuple de compassion et nous sommes des gens bien. Mais si vous venez nous chercher, vous apprendrez que vous avez fait une grande erreur", a-t-il déclaré.
" Notre guerre est une guerre contre le mal. Il s'agit clairement d'un cas de lutte entre le bien et le mal. Et ne vous y trompez pas, c'est le bien qui va gagner ", a-t-il encore ajouté.


" Bush offre ses condoléances à la famille du militaire tué en Afghanistan ", Agence France-Presse, Ontario, Etats-Unis, 05/01/02.

DOCUMENT 6: "LES CLÉS DU BONHEUR"


B. Cyrulnik. (…) Je me souviens d'un patient qui était réellement malheureux. Il n'avait ni famille, ni métier, ni projet. Rien. Ce sont les psychothérapies les plus difficiles. Le gars croyait apaiser son malheur en buvant, ce qui évidemment l'aggravait. Un jour, je le vois arriver, tout frais, et il me dit: je vais mieux, j'ai cessé de boire, je suis entré au Front national. Il avait trouvé un milieu d'appartenance, des catégories mentales qui lui permettaient d'organiser son monde, des rites d'interaction. Ce gars est devenu heureux.
Le Nouvel Observateur. - Plus le groupe est clos, sectaire, plus il est sécurisant et crée de bonheur?
B. Cyrulnik. - Absolument. Le racisme, le fanatisme, l'intolérance sont euphorisants. C'est la clé du succès des sectes ou des partis extrêmes. Le cancer de la démocratie, c'est le doute, puisqu'on discute tout. Et donc, c'est l'angoisse. Le racisme rend heureux. Vous vous rendez compte: je n'ai rien à faire, rien à prouver. Je suis Blanc, je suis né au bon endroit, dans une bonne famille, j'appartiens à l'essence humaine supérieure. (…). J'hésite à dire cela, mais on assiste aujourd'hui à un phénomène comparable dans les quartiers: "Je suis gosse des banlieues, je n'ai pas de travail, je parle mal la langue, je ne participe pas à l'aventure sociale et culturelle: je suis humilié."
Le Nouvel Observateur - "J'ai la haine", comme on dit…
B. Cyrulnik. - La haine qui va permettre de réparer l'estime de soi blessée. C'est merveilleux de pouvoir haïr quelqu'un…
Le Nouvel Observateur - La haine rend heureux?
B. Cyrulnik. - Oui, dans la mesure où elle catégorise, comme le mythe: bien/mal, noir/blanc, eux/nous. Et, en plus, elle renforce le sentiment d'appartenance: l'amour du même et la haine du différent. Tu as le même ennemi que moi: grâce à la haine, on va s'aimer. Et c'est ce qu'on voit dans les quartiers, où ces gosses attaquent les symboles de l'ordre social établi: les cars de flics, les pompiers, les voitures... J'ai souvent eu l'occasion de discuter avec eux; j'ai été étonné par leur euphorie - la même que celle des racistes après une ratonnade. La violence et la haine ont un effet antidépresseur, euphorisant, unificateur. (…)
Le Nouvel Observateur - Tout le monde peut devenir un fanatique, ou est-ce le fait de certaines personnalités?
B. Cyrulnik. - Les extatiques, les mystiques par exemple, sont de grands anxieux. L'extase est un mécanisme défensif. Je pense que ce sont des gens qui ne supportent pas le malaise du doute. Où est le bien, où est le mal? Ce n'est pas clair. Est-ce que ce sont les Palestiniens ou les Israéliens qui ont raison? Cela dépend… Nous vivons tous dans le doute et l'ambivalence. Pour ma part, je trouve très rassurant que les gens doutent. Car l'ambivalence est source de conflits, de débats et d'évolution. Elle nous permet de prendre l'autre en compte: je veux comprendre ce qu'il a dans la tête, pourquoi il m'agresse, il a peut-être des raisons. Mais le doute peut aussi être source d'angoisse. Ceux qui, parmi nous, n'ont pas acquis un mécanisme de tranquillisation, de contrôle de l'angoisse, vont souffrir jusqu'au moment où quelqu'un - Ben Laden ou un autre - va leur apporter enfin la vérité. C'est ainsi que naissent les kamikazes. (…)

Boris Cyrulnik, " Les Clés du bonheur ", Le Nouvel Observateur, semaine du 3/01/02.