SYNTHÈSE DE DOCUMENTS
Document 1 : Jean-Yves NAU, article du
Monde, jeudi 17 août 2000
Document 2 : Noëlle LENOIR, présidente du Groupe européen d'éthique de l'Union européenne et membre du Conseil constitutionnel, extrait d'un article du
Monde, mardi 27 juin 2000.
Document 3 : Axel KAHN et Fabrice PAPILLON,
Copies conformes, Nil Éditions, 1998.
Document 4 : D.KEYES,
Des Fleurs pour Algernon.
Document 5 : Images provenant de
Sciences humaines &
Le Courier international, 2000 ou 2001.
Une série de dessins de presse internationaux sur le thème du clonage (THE CARTOON WEB).
"Demain les clones?" un article de M. Revel, Libération, 27 février 2003.
DOCUMENT 1
La Grande-Bretagne en passe d'autoriser le clonage humain thérapeutique
Pour la première fois un gouvernement donne son aval à des techniques expérimentales qui ouvrent de nouveaux espoirs médicaux. Mais elles imposent de fabriquer des embryons humains destinés, non pas à se développer, mais à fournir des greffes de cellules ou d'organes.
Trois ans et demi après l'annonce écossaise de la création de Dolly par clonage et moins de deux ans après les espoirs que cette technique pourrait offrir à l'espèce humaine, le gouvernement britannique a pris une décision historique. Il s'est en effet prononcé, mercredi 16 août, en faveur de la mise en œuvre de recherches scientifiques impliquant la création par clonage d'embryons humains. A la différence des expériences ayant conduit à la création de mammifères clonés, ces embryons humains ne seront pas destinés à se développer dans un utérus maternel. Mais ils devraient permettre, via la mise en culture de certains de leurs composants cellulaires, de fournir de futurs traitements contre des affections dégénératives jusqu'ici incurables.
En Grande-Bretagne, les recherches préliminaires dans ce domaine avaient été suspendues en 1990 en raison notamment des questions éthiques soulevées par la manipulation des cellules sexuelles et des embryons humains aux premiers stades de leur développement. Le législateur britannique avait cependant mis en place une structure chargée, dans le domaine de l'assistance médicale à la procréation, du contrôle des activités de thérapeutique et de recherche (la Human Fertilisation and Embryology Authority), de donner son accord à des recherches sur des embryons âgés de moins de 14 jours, qualifiés à ce titre de " pré-embryons ". C'est ainsi qu'entre 1991 et 1998 près de 48 000 pré-embryons, conçus dans le cadre d'une assistance médicale à la procréation mais ne faisant plus l'objet d'un projet parental, ont été utilisés par des chercheurs. Durant la même période 118 embryons ont été également créés à des fins de recherche.
C'est dans ce contexte que sont apparus les premiers succès du clonage reproductif, puis les premières perspectives, révolutionnaires, du clonage thérapeutique (Le Monde du 7 novembre 1998). Dans la plupart des pays industrialisés, les biologistes de la reproduction et les spécialistes d'embryologie, ont alors fait du lobbying auprès de leurs autorités de tutelle. " Si nous sommes capables, grâce à la technique du clonage, de développer de nouvelles thérapeutiques pour des maladies aussi graves que les cancers ou les maladies neurodégénératives, la recherche sur des cellules embryonnaires ainsi créées doit être mise en œuvre ", faisaient valoir, en avril 1999, les responsables de la société européenne d'embryologie et de la reproduction humaines (Le. Monde du 30 avril 1999).
Tout donnait alors à penser que le premier feu vert officiel serait rapidement donné en Grande-Bretagne. Or les autorités gouvernementales britanniques refusèrent alors de précipiter le mouvement. " Nous pensons que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour étayer le bien-fondé d'une telle technique ", déclarait alors Tessa Jowell, secrétaire d'Etat britannique. Tony Blair décidait ensuite de demander au professeur Liam Donaldson, 49 ans, Chief Medical Officer et conseiller du gouvernement pour les affaires médicales, de réunir un comité d'experts et de lui remettre un rapport sur les possibles risques et les bénéfices attendus de cette recherche. Rédigé par un comité de quatorze membres, ce rapport de 54 pages, rendu public mercredi 16 août, prend clairement position en faveur du lancement des recherches sur le clonage thérapeutique. De telles recherches permettront, affirme ce texte, " d'améliorer la compréhension des maladies humaines ". Et le professeur Donaldson d'ajouter qu'elles ont un " grand potentiel pour soulager la souffrance et traiter les maladies "
Les auteurs du rapport, qui prennent soin de rappeler que le clonage reproductif doit demeurer banni dans l'espèce humaine, détaillent avec précision les applications thérapeutiques qui pourraient, " à long terme ", résulter de ces recherches. " Parmi les exemples qui peuvent être cités figurent, disent-ils, I'utilisation de cellules sécrétant de l'insuline contre le diabète; de cellules nerveuses contre les accidents vasculaires cérébraux ou la maladie de Parkinson; d'hépatocytes contre certaines affections hépatiques ". Mais ils précisent que de nombreux obstacles techniques devront être franchis avant que cette nouvelle voie de recherche débouche sur des applications thérapeutiques concrètes pouvant être proposées en routine.
Sans méconnaître ni sous-estimer les oppositions éthiques qui peuvent être formulées par ceux qui sont opposés à la création in vitro d'embryons humains à des fins thérapeutiques, les experts britanniques estiment que l'encadrement réglementaire mis en place depuis dix ans et les autorisations actuellement en vigueur permettant des recherches sur des embryons de moins de quatorze jours permettent d'envisager le développement programmé et sous contrôle du clonage thérapeutique. Ils formulent à l'adresse du gouvernement britannique une série de neuf recommandations spécifiant notamment que les personnes dont les cellules, somatiques ou sexuelles, seront utilisées devront avoir donné leur consentement. Ils ajoutent que la création de chimères (à partir d'un noyau de cellule humaine injecté dans un ovocyte énucléé d'origine animale) " ne devrait pas être autorisée " Ils estiment enfin que le transfert d'un embryon créé par clonage dans un utérus féminin devrait être considéré comme un crime.
Le gouvernement Blair partageant l'analyse et les conclusions des rapporteurs, la question du feu vert donné au clonage thérapeutique en Grande-Bretagne fera donc l'objet d'un projet de loi, soumis au Parlement avant la fin de l'année Toutefois, compte tenu des questions éthiques soulevées par la mise en œuvre de ces techniques, il est d'ores et déjà prévu que les députés britanniques ne suivent pas, contrairement à l'usage, les consignes de leur parti. Ils devront se prononcer en leur âme et conscience.
Jean-Yves Nau, article du Monde, jeudi 17 août 2000
DOCUMENT 2
Génome humain : les risques
Comment néanmoins assurer que la génétique humaine reste bien au service de la santé, dans un tel contexte de compétition économique ? Car des risques existent de voir les intérêts du marché primer sur les aspects sociaux de la recherche.
En premier lieu, certains laboratoires peuvent mener des stratégies industrielles (voire boursières) étrangères aux impératifs de l'accès au progrès médical. La compagnie titulaire des brevets sur les gènes de prédisposition du cancer du sein maîtrise de facto la commercialisation dans le monde entier du test de détection de ces gènes chez les patientes
Ensuite, la valorisation économique d'éléments humains, comme les gènes et les protéines, destinés à un usage industriel dans le domaine de la santé, peut modifier le rapport que l'individu entretient avec son propre corps. Ceux sur lesquels sont prélevées des cellules, sources de ces gènes et protéines, commencent, dans certains pays, à vouloir faire valoir des droits économiques. Le procès intenté, aux Etats-Unis, par ce patient, porteur d'un gène prémunissant contre l'infection par le virus du sida, et qui attaque un laboratoire pour avoir sa part des profits tirés du brevet sur ce gène, serait-il annonciateur d'un changement des mentalités ?
Enfin et surtout comment ne pas évoquer la mise à l'écart des pays les plus pauvres de la planète ? Sans structures de recherche et sans moyens pour financer les biens de santé indispensables à la survie de leurs populations, ces pays sont privés du droit de bénéficier du progrès, reconnu par les grands textes des Nations unies.
En proclamant que " le génome humain, dans son sens symbolique, est patrimoine de l'humanité ", la Déclaration sur le génome humain, approuvée par les Nations unies en 1998, ne signifie pas seulement que les recherches en génétique humaine, en tant qu'elles touchent aux processus de vie, requièrent des exigences éthiques particulières. Elle suggère également un droit universel au partage des bienfaits tirés de ces recherches. Ces questions feront de l'éthique un arbitre entre économie et science.
Noëlle Lenoir, présidente du Groupe européen d'éthique de l'Union européenne et membre du Conseil constitutionnel, extrait d'un article du Monde, mardi 27 juin 2000.
DOCUMENT 3
Copies conformes
Le problème reste en tout cas de savoir garder la maîtrise des nouveaux pouvoirs issus des progrès des sciences et des techniques. C'est le fondement d'une éthique moderne, une éthique de la responsabilité qui peut se fonder sur les principes de la morale kantienne.
L'une des bases fondamentales de cette morale consiste en l'affirmation que les fins de l'activité morale sont dictées à l'homme par sa propre raison: il s'agit d'une morale de l'impératif catégorique qui affirme le pouvoir de détermination de la volonté par la raison, soit l'autonomie du sujet comme sujet moral et non comme sujet égoïste. Il faut donc dépasser son point de vue particulier pour considérer le bien commun, et agir de telle sorte que sa propre volonté puisse valoir comme le principe d'une législation universelle. Cette morale du désintéressement et de l'universalité est capitale dans la conscience moderne des droits de l'homme. De même est essentiel le précepte kantien du respect de la dignité humaine comme principe de la relation morale avec autrui : dans ses Fondements de la métaphysique (deuxième section), Emmanuel Kant affirme que la personne humaine ne doit jamais être seulement traitée comme un moyen de ses propres fins, mais toujours aussi comme une fin en soi. En d'autres termes, I'homme ne doit jamais être utilisé uniquement comme moyen sans tenir compte de ce qu'il est. en même temps, une fin en soi.
La dignité, telle qu'elle est ainsi définie dans la morale kantienne, est le premier droit fondamental de tout homme, comme l'édicte l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948): " Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns avec les autres dans un esprit de fraternité. "
Le premier acte qui a concrétisé cette volonté de s'assigner des bornes éthiques, en ce qui concerne les recherches et essais thérapeutiques chez l'homme, remonte à 1947: c'est le code de Nuremberg, première réglementation internationale fondant les principes de l'éthique médicale sur les droits de l'homme. Suivirent diverses déclarations de l'Association médicale mondiale, à Helsinki en 1964, à Tokyo en 1975 et à Manille en 1980. Les relations entre science et éthique ont paru si houleuses qu'elles aboutirent à un moratoire, aujourd'hui levé, sur les recherches en matière de manipulation génétique, signé lors de la conférence internationale d'Asilomar (Etats-Unis, 1975).
C'est donc sur ces bases universelles des droits de l'homme, et particulièrement à travers la notion de dignité humaine, qu'il nous paraît nécessaire d'examiner les différentes applications qui pourraient découler du clonage reproductif humain.
Axel KAHN et Fabrice PAPILLON, Copies conformes, Nil Éditions, 1998.
DOCUMENT 4
Conte randu N° 5
6 mars. Ils ont retrouvé ma sœur Norma qui abite avec ma mère à Brooklyn et elle a doné son otorization pour l'opération. Ils vont donc mutilisé. Je suis si ecsité que je peut à peine l'écrire. Cependant le Pr Nemur et le Dr Strauss on eu dabor une discussion a ce sujet. J'été assis dans le buro du Pr Nemur quant le Dr Strauss et Burt Selden son entré. Le Pr Nemur avez des ésitasions pour mutilisé mais le Dr Strauss lui a dit que j'été le meileur de ceux qu'ils avez testé jusque la. Burt lui a dit que Miss Kinnian me recomandez come le meileur parmi tous ceux qui été ses élèves au cour d'adulte atardé ou je vai.
Le Dr Strauss a dit que j'avait quelque chose qui été très bon. Il a dit que j'avez une bone motivacion. Je n'avait jamais su que j'avait ca. Ca m'a fait plésir quant il a dit que c'été pas tout ceux qui ont un Q.I. de 68 qui ont ce qu'il avez dit autant que moi. Je sait pas ce que cé ni ou je l'ai eu mais il a dit qu'Algemon l'avait ossi. La motivacion d'Algernon cé le fromage qu'ils mètent dans la boite. Mais ca peut pas ètre seulement ca pasque j'ai pas eu de fromage cete semène.
Le Pr Nemur s'inquiétait que mon Q.I. monte tro haut odesus du mien qui étez tro bas et que ca me rande malade. Et le Dr Strauss a dit au Pr Nemur quelque chose que j'ai pas compri et pandan qu'ils parlait j'ai noté quelques un des mots dans mon carnet ou je tien mes conte randus.
Il a dit Harold, c'est le prénon du Pr Nemur, je sai que Charlie n'est pas ce que vous aviez dans l'esprit pour ètre le premier de votre nouvelle race de surhomme untélec... pas saisi le mot... mais la plupart des jens de sa faible ment... sont host... et pas du tout coop... ils sont generaleman lourd et apat... et dificile a untéressé Charlie a une bone nature et il est untéressé et il ne demande qu'a faire plésir.
Alor le Pr Nemur dit n'oublié pas qu'il sera le premier ètre umain qui aura son untelijence acrue par la chirurgie. Le Dr Strauss dit c'est sactement ce que je voulez dire. Ou trouverions nous un otre adulte atardé avec cette formidable motivacion pour aprendre. Regardé come il a bien apris a lire et a écrire pour son faible age mental. C'est un esploit fénom...
Je n'ai pas saisi tous les mots, ils parlait tro vite mais on orait dit que le Dr Strauss et Burt été pour moi et que le Pr Nemur ne l'été pas.
Burt répétait Miss Kinnian panse qu'il a un désir irrésis... d'aprendre. Il a litéralement imploré qu'on l'utilise. Et ca c'est vrai pasque j'ai anvi d'ètre un télijen. Le Dr Strauss s'est levé et a marché de lon en large et il a dit je suis pour que nous utilisions Charlie. Et Burt a aprouvé de la tête. Le Pr Nemur s'est graté le crane et s'est froté le nez avec son pouce et a dit Vous avez peut ètre réson. Nous utiliserons Charlie. Mais il faut que nous lui fassions comprendre que bien des choses peuvent mal tourné dans l'espérience.
Quant il a dit ca j'été si contan et si ecsité que j'ai fait un bon et je lui ai séré la main pour le remercié d'ètre si jant'i avec moi. Je crois qu'il s'est efraié quant j'ai fais ca.
Il a dit Charlie nous avons travailé a ca depuis lontan mais seuleman sur des animos come Algernon. Nous somes certin qu'il n'y a pas de danger fisique pour toi mais il y a bocou d'otres choses dont je ne peux rien dire avant d'essayé. Je voudrait que tu compréne qu'il se peut qu'il arive quelque chose ou que rien n'arive du tou. Ou mème ca peut réussir tanporéreman et te laissé ansuite en plus mauvaise posture que tu n'es maintenan. Esse que tu comprend ce que cela signifie. Si ca arive il nous faudra te renvoyé a l'asile Warren.
J'ai dit sa m'est égal passe que je n'ai peur de rien. Je suis très fort et je fait toujours de mon mieu et en plus j'ai ma pate de lapin porte boneur et je n'ai jamais cassé un miroir de ma vie. J'ai laissé tombé des asiètes une fois mais ca ne conte pas pour porté movaise chance.
Alor le Dr Strauss a dit Charlie mème si ca ne réussi pas tu aura aporté u ne grande contribussion à la sience. Cete spérienœ a réussi sur bocou d'animos mais elle n'a jamais été essaié sur un ètre umain. Tu sera le premier.
Je lui ai dit merci docteur vous n'orez pas a regreté de m'avoir doné ma seconde chance come dit Miss Kinnian. Et je le pensait come je leur ait dit. Aprés l'opérassion je m'eforcerai d'être un télijen. De toutes mes forces.
D.KEYES, Des Fleurs pour Algernon.
DOCUMENT 5
Images provenant de Sciences humaines & Le Courier international, 2000 ou 2001.