SYNTHÈSE DE DOCUMENTS
Document 1: Anonyme,
actuPsy (site Internet, 2001)
Document 2: Mario Remos, illustration de la brochure
Ensemble, réagissons, agissons, Bayard Presse-Tangram (2001).
Document 3: Adaptation d' un cours destiné à des étudiants en psychologie (autour de 1995)
Document 4: Extrait du Jeu-test " Permis de Prudence ", inclus dans
Les abus sexuels à l'égard des enfants : comment leur en parler, Secrétariat d'Etat à la famille (2001).
Document 5: Gilbert Laval,
Libération, samedi 9 et dimanche 10 décembre 2000
Document 6: Annie Saumont, " Il revenait de Chicago ",
Les voilà quel bonheur, 1993.
Voir le corrigé
Voir la rédaction de la 3ème partie.
DOCUMENT 1
MALTRAITANCE A ENFANTS : LA PAROLE D'UNE VICTIME
L'intolérable souffrance
Je suis seule à savoir par quoi je suis passée, je ne veux plus me taire, je veux tout simplement aider des enfants qui souffrent de ne pouvoir rien dire, ou qui pensent tout simplement que les traitements inhumains qu'on leur fait sont normaux.
L'enfant maltraité et délaissé est totalement seul dans les ténèbres de son désarroi et de son angoisse, environné de mé-pris et de haine, dépouillé de ses droits et de son langage, dupé dans son amour et sa confiance, bafoué dans la douleur, dédai-gné, humilié sans guide, sans nul soutien, aveugle, sans défense et entièrement livré à la merci de l'adulte. Tout son être vou-drait crier sa douleur, sa colère, exprimer sa révolte et appeler à l'aide. Mais cela, précisément, il n'en a pas le droit. (…) Aussi lui faut-il réprimer ce mouvement tout à fait sain : protester contre un traitement inhumain. L'enfant tente d'effacer, de gommer complètement de sa mémoire tout ce qu'on lui a infligé, afin de bannir de sa conscience sa brûlante révolte, sa peur, sa colère, l'intolérable souffrance, et il l'espère à tout jamais. Subsiste alors le sentiment de sa grave culpabilité personnelle (…).
Chez les survivants de pareilles tortures, qui ont abouti à un refoulement total, l'enfant martyrisé continue à vivre dans les ténèbres de l'angoisse, de la répression, de la menace. (…)
A tous ceux qui ont vécu la maltraitance, je leur crie courage et confiance. (…)
Battez-vous, tuez le bourreau dans votre tête, c'est lui le coupable ET NON PAS VOUS.
VOUS, VOUS AVEZ TOUT SIMPLEMENT SUBI. (…)
Toi mon père, tu m'as volée à moi-même, tu as brisé tous mes rêves d'enfant, tu m'as précipitée en enfer pour de lon-gues années. Tu as transgressé un interdit, j'en transgresse un autre. J'enfreins la loi du silence pour retrouver mon identité. Je suis obligée de dire toute cette vérité pour me retrouver toute entière. Je veux cesser de survivre comme une personne apeurée, gelée, je veux cesser ce ballet dangereux avec la folie et la mort où j'ai usé tant de forces pendant toutes ces années (…). J'ai été obligée de me débattre toute seule. Tu m'as enfermé dans une prison sans barreaux, invisible. J'étais murée dans une forte-resse de silence. Pendant des années, j'ai mené un combat de désespérée avec la violence de tous les refus que je n'avais jamais osés.
IL FAUT BRISER LES CHAINES DE LA MALTRAITANCE. J'AI OSE.
Anonyme, actuPsy (site Internet)
DOCUMENT 2
Mario Remos, illustration de la brochure Ensemble, réagissons, agissons, Bayard Presse-Tangram (2001).
DOCUMENT 3
L'OMS définit les abus sexuels comme " l'exploitation sexuelle d'un enfant par un adulte aux fins de la satisfaction sexuelle de celui-ci ". D'une façon générale, on précisera qu'un abus sexuel est une activité sexuelle à laquelle l'enfant est contraint. Elle peut prendre différentes formes : exhibitionnisme, attouchements, tentatives de rapport sexuel, viol, incitation à la prostitution... - l'abuseur peut être connu ou non, avec lésion ou traumatisme physique ou non...
Un abus sexuel contre un enfant est, dans la majorité des cas, commis par un membre de la famille (inceste) ou un fa-milier de l'enfant. L'inceste peut être défini comme " un viol commis sur un mineur par un ascendant légitime, naturel ou adoptif. ". Autrement dit, il s'agit de rapports sexuels entre parents du premier degré ou autres personnes dont la loi interdit le mariage par lien de parenté. L'inceste est un acte interdit par la société et par la religion judéo-chrétienne.
Le plus souvent, l'abuseur est le père ou le beau-père, et l'enfant abusé, une fille. Mais il existe également des abus grand-père/petite-fille, oncle/nièce, frère/sœur, et, plus souvent qu'on ne le croit, mère/fils. La relation incestueuse a générale-ment débuté tôt dans l'enfance, par des comportements érotisés, avant l'acte sexuel. Quand elle est découverte c'est bien sou-vent plusieurs années après, lorsque l'enfant prend conscience de l'interdit.
Le rôle de la mère est alors essentiel car, généralement, elle n'ignore pas la situation : elle est plus ou moins consciem-ment complice, tolérante ou passive, refusant de voir ou de croire l'évidence, parfois soulagée de déléguer à sa fille son rôle de femme auprès du père. Il est fréquent, lorsque la situation est mise à jour et l'abuseur sanctionné, que la mère accuse sa fille d'avoir détruit l'équilibre familial.
La relation incestueuse est parfois directement évoquée par l'enfant ou l'adolescent, la situation devenant intolérable : la transgression de l'interdit de l'inceste provoque toujours des conséquences psychologiques profondes chez la victime. Il faut croire l'enfant ou l'adolescent, les fausses allégations étant rares, et, comme pour les cas de maltraitance,. éviter à tout prix la double peine : celle de l'abus et de l'incrédulité.
On doit songer à un abus sexuel devant un traumatisme des organes génitaux, une demande d'interruption de grossesse surtout si la jeune fille est accompagnée d'un homme de la famille… La victime présente des troubles psychologiques : stress, agitation inhabituelle, ou au contraire repli sur soi ; elle peut souffrir de troubles psychosomatiques (des douleurs abdominales, par exemple) ou du comportement (troubles du comportement alimentaire chez l'adolescente, attitude de séduction de la petite fille, agressions à caractère sexuel...)
Quelle conduite doit-on adopter lorsqu'une situation d'inceste est découverte ? La conduite à tenir est basée sur l'équa-tion suivante : découverte d'un inceste = hospitalisation + signalement.
Il faut avant toute chose entendre l'enfant ou l'adolescent, lui montrer qu'on a confiance en lui et qu'on le comprend : " tu n'es pas coupable de ce qui t'est arrivé, c'est l'adulte qui l'est. Il a fait quelque chose qui est interdit par la loi ". Il est né-cessaire de déculpabiliser l'enfant car sa souffrance, considérable, est liée à l'acte subi, mais aussi à la divulgation et la culpa-bilité qui en résulte. Par ailleurs, il est essentiel de replacer l'acte dans le cadre légal et signifier à l'enfant que si l'adulte était là, il pourrait affirmer que son acte est criminel car il a tué quelque chose dans le cœur et le corps de l'enfant.
Dès lors, il faut expliquer à l'enfant qu'il est nécessaire d'agir dans l'intérêt de sa protection, pour préserver son avenir, et engager deux démarches essentielles : d'abord, signaler aux autorités l'acte subi, dans le respect de la loi et de l'interdiction de l'inceste. La loi punit l'inceste comme un crime et l'auteur est passible de la Cour d'assises et de réclusion criminelle. Comme pour les cas de maltraitance à enfant, il faut joindre (téléphoniquement) le procureur de la République (ou son substi-tut), ou la brigade des mineurs (police). D'autre part, hospitaliser l'enfant dans tous les cas, pour le mettre à l'abri de tout abus ultérieur.
La victime sera prise en charge psychologiquement et juridiquement. L'accompagnement psychologique est indispen-sable car la relation incestueuse provoque de désastreuses conséquences psychologiques, à court comme à long terme. La prise en charge juridique consiste en un accompagnement au tribunal, en la reconnaissance d'un statut de victime et d'un être actif (alors que dans la relation incestueuse, l'enfant est un être passif qui subit).
L'inceste est responsable d'une déstructuration de l'individu. La victime n'a souvent ni la maturité biologique ni la ma-turité psychologique pour supporter ce qu'elle a vécu : un décalage existe constamment entre l'acte de l'adulte et le vécu de l'enfant. Les conséquences de l'inceste sont différentes selon l'âge de la victime, la durée et la répétition de l'acte, l'attitude de l'autre parent... Mais, dans tous les cas, l'inceste provoque de profonds bouleversements psychologiques qui peuvent conduire jusqu'aux troubles psychotiques. Parallèlement, le traumatisme provient aussi du secret que le parent impose à l'enfant, et à la divulgation de la situation, que l'enfant peut éprouver comme une trahison du secret. Enfin, les conséquences de l'inceste sur un individu sont toujours graves en terme de filiation : confusion des générations et des rôles....
Adaptation d' un cours destiné à des étudiants en psychologie (autour de 1995)
DOCUMENT 4
Extrait du Jeu-test " Permis de Prudence ", inclus dans Les abus sexuels à l'égard des enfants : comment leur en parler, Secrétariat d'Etat à la famille (2001).
DOCUMENT 5
CONDAMNE A TRENTE ANS, ET SOULAGE
Jean-Paul Barbault a reconnu avoir enlevé neuf fillettes et en avoir violé deux
(…) Le procès du pédophile Jean-Paul Barbault, qui s'est terminé hier à Carcassonne, a tourné en trois jours à la leçon de pédagogie judiciaire. (…). Dix minutes ont suffi à l'avocat général Keil pour requérir vingt-cinq à trente ans de réclusion contre le " déviant pervers sexuel ". Jean-Paul Barbault. Dans le box des accusés, l'homme de 37 ans et père de deux enfants n'a pas cillé. Il était visiblement venu chercher là une condamnation. " La vérité sort de la bouche des enfants victimes, expli-que-t-il au président Jacques Rey qui l'interroge. Si ceux-là disent qu'il y a eu viol, c'est qu'il y a eu viol, quels que soient les souvenirs que je puisse moi-même avoir. " Pourquoi n'admettre ces faits qu'aujourd'hui ?, insiste le président. " Parce que je ne pouvais plus vivre avec cette chape de plomb sur les épaules ", répond-il. En fait, il se libère. Jean-Paul Barbault est dans le box des accusés comme sur un divan. Il a entamé une psychothérapie en prison depuis 1997. Il vient la conclure devant ses juges. Il a eu le temps d'apprendre, en trois ans, qu'il ne guérirait de ses démons qu'en reconnaissant sa culpabilité et le mal fait à ses victimes. " J'ai abîmé votre enfant, madame, reconnaît devant cette mère l'agent commercial qui a écumé les sorties d'écoles du grand Sud-Ouest de 1995 à 1997, je sais que c'est terrible. " La mère en question, qui contient mal sa douleur à la barre des témoins, est insensible au propos. Mais elle avoue ensuite, hors audience, qu'elle se sentira désormais elle-même " moins coupable " de ce qui est arrivé à sa petite Jessica. Juliette n'a ressenti qu'un terrible " mal au ventre " quand Jean-Paul Barbault a entrepris de la violer, sur le chemin de l'école. Elle a choisi ensuite de ne rien dire à sa mère, tant la petite se sentait coupable d'être montée dans la voiture d'un inconnu malgré tout ce qu'elle lui avait toujours recommandé. Il faut dire que l'in-connu se présentait aux fillettes comme un médecin scolaire. " Les enfants ainsi trahis perdent toute confiance dans les adultes, témoigne un des experts qui se succèdent à la barre. Les agressions sexuelles sont de véritables bombes à retardement pour la construction de leur personnalité. " Ainsi, trois ans après les faits, la pétulante petite Claudia ne dit plus rien à l'école. José-phine passe son temps à balayer sa chambre. Et Noémie est toujours terrifiée à l'idée de traverser la rue du village pour aller acheter le pain. Des replis sur soi, des obsessions, des phobies. Elles ont toutefois échappé au pire. Après une gifle quand elles ne cessaient de pleurer, Jean-Paul Barbault ramenait ses victimes à l'école. Même quand, comme par deux fois, il avait réussi à les violer. (…). C'est la psychologue rennaise Chantal Cariou qui donne la clé pour comprendre comment cette histoire s'est terminée dans un petit village de l'Aude: " Les agresseurs en série ont la prémonition qu'un jour ou l'autre on viole et on finit par tuer ", explique-t-elle à la barre. A ce moment-là, Jean-Paul Barbault s'effondre sur son banc, la tête entre les mains, comme s'il venait d'entendre son fait. Certainement donc a-t-il été soulagé d'être arrêté, ce jour de mai 1997, grâce à la vigi-lance du garde champêtre de Villepinte, chargé du ramassage scolaire. Les gendarmes qui l'ont interrogé tout de suite ne lui demandaient rien et il leur a avoué neuf enlèvements commis dans la Sarthe, la Vendée, l'Indre-et-Loire ou la Haute-Garonne. "Il y a des aveux lancés comme des appels au secours", explique encore la psychologue. L'appelant au secours Jean-Paul Bar-bault a eu deux lectures en prison : la Bible et Théodore Monod (…). Jean-Pierre Barbault a été condamné à trente ans de ré-clusion, dont vingt incompressibles.
Gilbert Laval, Libération, samedi 9 et dimanche 10 décembre 2000
DOCUMENT 6
" IL REVENAIT DE CHICAGO, PAPA "
Elle a quatre ans. Il revient de Francfort.
Papa-maman je peux me mettre dans le lit entre vous deux ?
Maman gronde en riant, Voilà une petite Nanou qui veut me faucher mon mari.
Papa se redresse, empoigne la quémandeuse. Et hop, elle est sous les draps.
J'ai faim, je vais te manger.
Dit-il (papa).
Non dit maman. Sois raisonnable. Tu n'oserais tout de même pas me croquer ce bébé. Je cours te chercher ton petit déjeuner.
Contre le flanc de papa, des bulles au coin des lèvres, les cheveux dans les yeux. Parfum chaud des croissants sortant du four, vapeur embaumée du chocolat bouillant. Les doigts de papa chatouillent dans le cou. Délices.
*
Elle a huit ans. Il revient du Japon. Il a rempli son carnet de commandes. Il va pouvoir offrir de belles vacances à ses deux femmes.
Dit-il.
Papa maman je peux me mettre -
Le lit grince un instant. Les draps sont tièdes et fleurent doux le sommeil.
Tu es comme un bonbon, on aurait envie de te lécher.
Dit-il.
Maman n'a pas entendu. Maman à présent est dans la cuisine disposant sur un plateau les toasts le beurre le pot de miel.
Nanou tend la joue, Lèche, j'aimerais bien. Les petites filles ont le goût de framboise j'ai lu ça dans un livre.
Il dit (papa), je tiens dans mes bras une Nanou qui déjà découvre la vie.
Pas Nanou. je suis plus un bébé. Maintenant que j'ai grandi faut m'appeler Anne, c'est mieux.
*
Elle a douze ans. Il revient de l'Illinois.
Il a signé un contrat important. Il dit, Ça marche les affaires, l'argent ne manquera pas pour l'éducation d'Anne, ses loisirs ses plaisirs.
Il est rentré la veille au soir. Ce matin il s'attarde au lit. Maman s'est levée tôt afin d'aller préparer le petit déjeuner de grand-mère. Grand-mère habite la maison d'à côté. Maman a dit, Je serai de retour dans une heure.
Papa, dit Anne, tu veux que je te fasse du café ?
Ça peut attendre, dit papa. D'abord viens près de moi. Pour notre câlin du dimanche matin quand je rentre de voyage. Je t'ai rapporté un cadeau. Viens, tu vas jouer à deviner ce qui est caché dans ma valise.
Il dit (papa), je te trouve si jolie en nuisette. Ma Nanou je t'adore. Mais tu n'aurais pas déjà un amoureux ? Serrons-nous très fort et raconte.
Dit-il. Papa.
Ses doigts tripotent. Ici et là. Sous la nuisette. (…)
Annie Saumont, " Il revenait de Chicago ", Les voilà quel bonheur, 1993.