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FORUM DU QUOTIDIEN LIBERATION
Des lecteurs réagissent à un événement : en 2001, une femme de soixante-deux ans a mis au monde un enfant, assistée par des mé-decins.

1. Message de : amdw - 03 Juillet 2001 13:38:30
(…) [La mère] sera grandement responsable du traumatisme de l'enfant : elle est sa mère sans l'être biologiquement, son oncle est en réalité son père, sa sœur née d'une autre mère qui est en réalité sa vraie mère est née d'un autre ventre alors qu'elle est biologiquement sa sœur... Oedipe est battu sur toute la ligne !
Même si aucun délit n'a été commis, on peut, je pense, choisir de dire non à une voie que prend la société qui est la nôtre. Ce qui m'effraie dans ce cas d'espèce, ça n'est pas tant l'acte lui-même, ce sont les motivations qui ont conduit cette femme à le commettre. (…) J'ai l'impression que le droit à l'enfant prime sur le droit de l'enfant, et c'est cette tendance de notre société que je réprouve. Ce qui m'effare, en plus de ce délire obstétrique, c'est le narcissisme qui habite cette femme, pour avoir voulu à tout prix ces enfants. Elle rétorque que des junkies peuvent avoir des enfants, alors pourquoi pas elle ? C'est un argument fallacieux; il y a toujours pire que soi. Et encore, qui dresse l'échelle du pire et du mieux ? Elle prétend qu'elle, contrairement à d'autres, donnera de l'amour à ses enfants ? Les motivations initiales de son acte et le narcissisme qui l'ont guidée, l'égoïsme de son choix me font beaucoup douter de l'amour qu'elle leur porte... L'amour d'elle-même, oui, sans doute, mais, je me répète, un enfant à tout prix n'est pas pour moi synonyme d'amour.

2. Message de : Emmie - 12 Juillet 2001 17:20:14
Notre nature profonde, notre instinct est de vivre le plus longtemps possible et nous reproduire à tout prix.
Nos armes, l'intelligence et pour y parvenir : la science et la technologie, en un mot le génie humain.
Pourquoi pas alors tenter ? Nous surpasser ? (…)
Après tout si cette mère se sent capable d'élever correctement son enfant et de lui assurer un avenir où est le problème ?

3. Message de : angélique - 09 Juillet 2001 01:48:33
On privilégie la vie à tout prix : les efforts de la science permettent aux gens de vivre plus longtemps. Mais vivre sous certaines conditions : respecter les lois de la nature, c'est-à-dire ne pas avoir d'enfants après un certain âge. C'est l'argument de ceux qui con-damnent les parents âgés. Mais le problème est qu'on ne laisse pas la nature " faire son travail ". Autrement il n'y aurait pas d'hôpi-taux. La science, qui a permis à cette femme de donner naissance, est la même que celle qui a permis à une femme stérile de trente ans d'avoir un enfant. Pourquoi devrait-on condamner la première et pas la deuxième ? (…) La deuxième […] grâce ou à cause de la science, va contre la nature.
D'ou le paradoxe : on considère que la stérilité, qui est naturelle, peut être rectifiée sans problème éthique alors que le dépassement de l'âge de procréation, naturel aussi, ne peut pas être rectifié sans polémique. C'est l'idée de nature qui me gène dans ce débat : notre définition de ce qui est naturel ou non, est loin d'être fixe.
Ce qui délimite notre notion de nature est éthique. C'est pourquoi je n'ai aucun argument à opposer à cette femme âgée qui a un en-fant. Est-ce contre-nature ? Nous vivons tous dans un état de contre-nature par définition. […]
Qu'est-ce qu'un bon parent de toute façon ?

4. Message de : far-west - 06 Juillet 2001 22:58:01
L'humain est une marchandise. La vie est un supermarché. Vends-moi ton ovcyte et je t'vends mon sperme. T'es pauvre et t'as trop de gamins. File m'en un que je l'élève comme un petit toutou coupé de ses racines et des siens. T'es pauvre, t'es bête et t'habites en banlieue Est, laisse-moi placer tes gosses à gauche, à droite. C'est un boulot lucratif et ça me donne la conscience tranquille. J'profite de toute cette misère. J'suis un parasite et je m'éclate en discours sur le discours du discours du discours, comme quoi j'suis très intel-ligent et j'ai lu tous les noms d'auteurs sur la couverture des livres à la fnac et j'peux toujours citer un nom ici et là pour puncher qui voudrait m'contredire. Je m'éclate dans le vide de ma société où plus rien n'est sacré. J'sais pas comment tout ça va finir, mais j'm'en fous, y a déjà bien longtemps que j'n'ai plus ni sentiments ni mémoire. J'bouffe du vide et du discours sur le vide, et tant qu'j'arrive à faire croire que j'suis supérieur, j'm'en tire plutôt bien. J'suis égoïste et ça m'plaît.

5. Message de : amdw - 21 Juin 2001 12:28:57
Le désir maternel est un sentiment humain et légitime.
Ce que je ne peux accepter actuellement, ce sont les dérives de procréation telles qu'on en voit actuellement.
A mes yeux, le comportement de ces femmes qui veulent un enfant à tout prix (et ce dernier n'est pas que financier) est la preuve d'un narcissisme dévorant et d'un égoïsme absolu.
Je recommande la lecture du livre Le Magasin des Enfants, préfacé par Testart, qui dénonce les dérives de la procréation médicale-ment assistée.
Quand la nature interdit à une femme de porter un enfant, il y a d'autres moyens que de passer outre aux lois naturelles. Des millions d'enfants donneraient tout ce qu'ils ont (…) pour avoir des parents, alors où est la nécessité - quand on ne le peut a priori pas - de de-voir le porter dans son ventre pour pouvoir donner de l'amour?
Et je pense que c'est le rôle du corps médical de faire entendre raison à ces femmes qui, peut-être à cause d'une douleur terrible, n'ont - pour moi - plus toute leur raison. J'espère que la majorité des médecins choisira la voie de l'éthique plutôt que celle de l'écono-mique.
Au-delà du fait de satisfaire une envie propre, je pense que quand on veut un enfant, c'est parce qu'on a de l'amour à lui donner. Peu importe le fait qu'on l'ait porté ou pas, peu importe qu'il ait le nez de son père et les yeux de sa mère, cet enfant est une personne à part entière, indépendant de ses concepteurs, et si amour il y a, on aimera n'importe quel enfant. Enfant adopté moi-même, avec quatre autres, j'ai reçu infiniment d'amour de mes parents. Et l'amour qu'on leur rend est à cette mesure.

6. Message de : Masa - 13 Juin 2001 19:59:40
(…) Je ne pense pas que les femmes montrent leur indépendance en choisissant d'avoir un enfant à un âge si avancé. Je pense au contraire qu'elles cèdent à la pression imposée sur elles par la société. Il faut faire jeune à tout prix et se payer un bébé est la dernière manière de montrer à tous qu'on est jeune même quand on ne l'est plus. Une question importante à adresser dans cette affaire est le prix de l'enfant, car ce n'est pas un enfant que l'on crée au sens propre du terme. C'est un enfant qu'on achète : J'ai du fric et je me paie ce luxe. L'enfant est relégué au rôle d'accessoire. J'y vois une grave dérive, une marque de morbidité. On ne donne plus la vie, on l'achète.
Je constate que ce bébé est privé d'emblée du droit à l'allaitement, mais ce n'est apparemment plus un droit... J'y vois beaucoup de sadisme sous-jacent.
Cet enfant est également privé d'emblée de ses grands-parents, de la possibilité d'avoir des frères et sœurs, de la joie de présenter ses propres enfants à ses parents car ils seront morts avant qu'il ait pu créer sa propre famille.
Je constate que cet enfant naît privé de beaucoup de choses. (…)

7. Message de : Zakklad - 20 Juin 2001 14:16:48
(…) Vous parlez d'un enfant " acheté ". Est-ce mal de payer pour ce que l'on veut si l'on ne peut l'avoir naturellement ? Serait-ce mal qu'une femme souffrant d'une malformation lui interdisant de tomber enceinte se fasse opérer (et paye donc) pour pouvoir être mère ? Est-ce parce que tout le monde ne peut pas se " payer " ça que cela vous pose problème ? Doit-on alors ne jamais aider per-sonne si l'on ne peut aider tout le monde ?
De plus, au sujet des " droits " de cet enfant, vous condamnez la chose car il n'aura pas droit à l'allaitement, pas droit à ses grands-parents... et vous y voyez du sadisme. Mais que penser alors de cette femme somalienne qui ose mettre au monde un enfant alors qu'elle n'a peut-être aucune ressource pour l'éduquer, peut-être même pas pour le nourrir. En quoi cela est-il plus " juste " ? En quoi ces droits-là peuvent être refusés dans le cas de cette femme mais pas dans celui de notre mère de soixante-deux ans ? Ne serait-ce pas le témoignage d'un certain standard occidental de l'enfant qui vous influencerait alors même que vous le rejetez tant ? Ou peut-être encore allez vous me dire que dans un cas c'est " naturel " et pas dans l'autre, mais voyez vous nous avons là, je pense, un point de désaccord car je ne crois pas que la nature soit juste (j'estime par exemple qu'il n'était pas injuste de guérir la peste, que bâtir des di-gues pour se protéger des eaux n'est pas injuste non plus). Qu'il faille respecter la nature ok, mais ça ne veut pas dire qu'il faille se plier à toutes ses lois, par respect j'entendrais plutôt protection, conservation, mais pas obéissance aveugle. Cette fameuse nature ne nous a pas donné un cerveau pour que la seule décision qu'il soit capable de prendre soit de ne rien faire. L'humanité a toujours pro-gressé en gagnant une indépendance vis à vis de la nature, ne plus être soumis à ses règles est le but et ça ne veut pas dire ne plus la respecter ou la détruire, simplement choisir d'autres lois que celle du plus fort ou de la fatalité (je ne vois pas ce que cela a de " mal "). Les expériences que livrent les civilisations occidentales à travers leur représentants les plus riches doivent, certes, être sur-veillées de près mais ce n'est pas une raison pour rejeter par principe toute nouvelle remise en cause d'une loi de la nature (les scienti-fiques n'ont pas toujours pour but la destruction et le mépris de la nature). (…)

8. Message de : vero - 12 Juin 2001 01:38:31
(…) Vous l'imaginez comme une vieille " Occidentale " riche, cynique, capricieuse et névrosée, luttant contre son corps qu'elle " hait ", contre la ménopause, contre la vieillesse, contre une lassitude de nantie, peut-être. Et des médecins frankensteiniens ont décidé de l'aider, les yeux fermés, sans doute pour pouvoir se payer des vacances d'hiver à St Moritz. C'est là qu'on peut situer la paranoïa.
Mais on peut aussi l'imaginer jeune dans sa tête, amoureuse de son (nouveau ?) partenaire et réciproquement, sportive et en forme, optimiste, généreuse, entreprenante et aimant la vie. En tout cas, l'expérience montre qu'elle est en bonne santé. (…)

9. Message de : Carabosse02 - 01 Juin 2001 17:24:18
Il n'y a pas de DROIT à l'enfant, avoir un enfant n'est pas un dû. En revanche il y a un droit à l'enfance. Et quelle sera celle de cet enfant ? Aller voir sa mère à l'hôpital à dix ans si tant est qu'elle vive encore ? Avoir un enfant n'est pas un droit mais il implique en revanche des Devoirs notamment l'éducation. Pour ma part je doute que l'éducation post-mortem soit très bonne.

10. Message de : Zorro22 - 04 Juin 2001 00:10:40
(…) La société a toujours été contre les hors normes, au début et puis après on en parlera plus... comme pour les bébés éprouvettes... les dons d'organes... les mères porteuses qui ont bien choqué il y a quelque temps.

11. Message de : Sayia - 31 Mai 2001 22:42:23
Soixante-deux ans... autant dire que cet enfant n'aura pas de mère, mais uniquement une grand mère. A quoi a-t-elle pensé ? Lors-que cet enfant aura dix ans, elle en aura soixante-douze. Ou peut-être sera-t-elle déjà morte (…).
A l'heure où les jeunes se rebelleront, aura-t-elle assez de force pour lui poser des arguments forts et valables sur les questions et les arguments que son enfant lui fournit? Sera-t-elle assez ouverte pour lui parler de ce qu'est la vie ( moyen de contraception etc.) sera-t-elle là pour partager avec lui ses instants de bonheur ? Pour exemple le bac. En admettant que cet enfant le passe à 18 ans ... elle aura alors quatre-vingt ans ! ! ! Pourra-t-elle ouvrir le champagne et trinquer avec lui ? ? ?
Faire un enfant est toujours au départ une chose égoïste ( à un ou deux ), car on veut quelqu'un que l'on ait fait, quelqu'un qui nous ressemblerait, quelqu'un qu'on aimerait pour la vie. Mais à partir du moment ou l'enfant arrive, ce qui compte, c'est son bonheur et seulement cela. Mais elle, a-t-elle pensé au futur bonheur de son enfant?
Je suis pourtant de nature plutôt très tolérante. Mais j'ai beau chercher un argument positif, je n'en trouve pas... alors si quelqu'un pouvait m'éclairer ...